Carte blanche au Téatralala

Franck Magnier et Christophe Perrier chahutent l’univers de la lecture publique avec des spectacles décalés, humoristiques et burlesques. De mars à juin, ils viendront théâtraliser vos médiathèques. Attendez-vous au meilleur du pire…
Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Sans hésiter : The Truman Show, dans ce film de Peter Weir, interprété par Jim Carrey, le personnage central est, sans le savoir, filmé en permanence depuis sa naissance dans le cadre d’une émission de télé-réalité. Ça, c’est une pensée qui m’a déjà traversé, le fait que tout ce qu’on fait, dans la vie, appartient à un grand jeu, comme si par exemple on était filmé en permanence… qu’on était regardé, qu’on suivait notre existence… comme le personnage d’une fiction… ça vous est peut-être déjà arrivé à vous aussi ? Notre travail d’auteur et metteur en scène est de regarder le monde autour de nous comme un grand terrain de jeu, sous l’angle évoqué par William Shakespeare : « Le monde entier est un théâtre, où tous les hommes et les femmes sont seulement des acteurs. Ils ont leurs entrées et leurs sorties ».
D’autres sources d’inspiration ?
Regarder simplement la vie, le monde qui nous entoure. Nous avons pour habitude de nous installer à la terrasse d’un café et d’observer les passants, leurs attitudes, leurs échanges… c’est en observant ce spectacle de la rue que naissent bien souvent nos créations… par exemple, notre prochain spectacle abordera le rapport que l’être humain entretient avec les écrans. Il suffit d’observer les passants d’aujourd’hui pour voir combien ces écrans ont envahi notre quotidien, modifié notre rapport aux autres.
Quel est votre processus de création ?
Partir de la réalité, de la vie réelle et la décaler progressivement pour l’emmener dans la fiction. C’est ce que l’on trouve dans le roman d’Emmanuel Carrère La moustache, un de nos livres de chevet, dans lequel le personnage central décide de se raser la moustache qu’il porte depuis une dizaine d’années. Se raser la moustache, ça, c’est un fait banal de la réalité. Mais quand il sort de la salle de bain, qu’il fait face à sa femme et qu’elle ne se rend compte de rien et qu’ensuite cette situation perdure au point qu’au moment où il l’interroge sur ce changement, elle lui répond : « mais tu n’as jamais eu la moustache !” Là, la réalité bascule dans la fiction. Nous opérons de même dans la construction de nos spectacles, nous partons de la réalité et nous y amenons un décalage qui fait basculer cette réalité dans le jeu, la mise en scène. Dans notre univers théâtral, cette réalité bascule, non pas dans le drame comme dans le roman de Carrère mais dans l’humour, le burlesque.
Vous avez un exemple ?
Alors, un exemple… Là, en ce moment, nous sommes en interview avec vous.
Tout à fait
C’est la réalité. Et pour que les lecteurs comprennent bien qui est qui dans cette interview : vos questions sont écrites en caractères gras et bleus et nos réponses en caractères normaux.
C’est le principe
Mais si maintenant : on inverse les choses…
Attendez, les caractères gras et bleus, ce sont les miens, sinon les lecteurs ne vont pas s’y retrouver…
C’est ça justement qu’on veut… perdre les gens, décaler les choses, les emmener dans une fiction, bousculer les règles pour leur donner une autre image du monde… et ça on le retrouvera dans l’ensemble des actions artistiques que nous allons mettre en place… Attention, vos caractères sont devenus beaucoup trop petits, on ne peut plus vous lire ! Nous sommes entrés dans la fiction et nous proposons aux spectateurs de nous y rejoindre…