Carte blanche à Emmanuelle Corne
Photographe documentaire, humaniste, Emmanuelle Corne présente son travail dans le cadre de Urbanature 2 à travers l’exposition Affections, une galerie de portraits où elle s’attache à montrer le lien entre le vivant humain et non humain. Une rencontre inspirante…
Bonjour Emmanuelle, comment êtes-vous venue à la photographie ?
Après une formation initiale en anthropologie, j'ai été libraire et éditrice de sciences humaines et sociales. Il y a 8 ans maintenant, j’ai voulu quitter le monde de l’écrit et du livre et j’ai décidé de raconter des histoires avec des photos.
Quel est votre processus créatif ?
Je suis photographe humaniste, je fais du documentaire. Je commence à parler avec les gens, je veux connaître leur environnement, leur quotidien, ce qui les anime, je ne travaille pas bien sinon. C’est important pour moi cette acceptation. Je les suis, je les regarde et je fais des images. Cette proximité fait aussi partie de mon travail, de la façon dont j’aborde mes relations avec les gens.
Quelles sont vos sources d’inspiration, vos influences ?
La peinture des préraphaélites pour les expressions des visages et l’observation des corps des femmes. Dans le cinéma documentaire et de fiction, j’aime les histoires chorales. Chaque personnage raconte sa propre histoire mais ils sont tous liés, ils n’ont pas l’air de dire la même chose mais il y a un point commun. La musique colorie mes images mentales. Elle m’accompagne depuis que je suis toute petite, elle convoque beaucoup d'images et de sensations. En ce qui concerne la photographie, je suis sensible au travail de Raymond Depardon, de Gilles Caron. Avec une mention spéciale pour le travail de Susanne Meiselas. Les tableaux photos de Saul Leiter me touchent pour leur qualité graphique.
Qu’est-ce qui vous attire dans le thème d’Urbanature 2 “Entre ville et campagne” ?
J’ai choisi de traiter le thème de la relation humain/plantes ; avec un focus sur le soin que les humains prennent de leur coin de nature, et le soin que la nature fait sur les humains. L’affection entre les deux. Je veux observer et témoigner de la relation entre l’humain et la flore qu’elle soit petite, comme un balcon, ou immense, comme un mur de houblon. Cette envie est née de l’observation d’un jardin partagé en ville en plein hiver, donc en friche. Et pourtant les habitant. es du quartier venaient y boire un café avec leur thermos, s’y réunissaient. Donc il s’y passe autre chose que le fait d’admirer un paysage et de le trouver beau ou d’être au milieu des fleurs. Il y a quelque chose de l’ordre de l’implicite qui se passe dans la relation entretenue entre humain et nature. Dans ces lieux, on fait partie du réseau du vivant.
Quelles œuvres recommanderiez-vous ?
- Le mur invisible de Marlen Haushofer
- Vendredi ou la Vie sauvage de Michel Tournier
- Proserpine de Dante Gabriel Rossetti
- Ophelia de John Everett Millais
- The lady of shalott de John William Waterhouse
- Photographes : Doisneau, Depardon, les photographes qui photographient des gens