Dolly Parton (1946-2026)
Dolly Parton, la reine de la country s'est éteinte le 25 Août 2026.

Si l'on devait nommer qu'une seule chanteuse country, c'est à elle que l'on penserait. Un look inimitable, une voix puissante et une popularité étonnante. Même en France où la country peine à se faire apprécier, Dolly Parton est une figure bien connue.
J'ai l'impression que ce n'est que le début
L'icône populaire a eu une carrière intense et avait encore, à 80 ans, plein de projet en tête (dont celui de porter sa vie sur les planches de Broadway), étant toujours très active sur le plan médiatique. Sa personnalité excentrique et généreuse la rendait attachante pour plusieurs générations d'américains.
Avec 67 ans de carrière sa vie d'artiste est riche de succès et de projets variés, elle incarne également un tournant notable dans la riche histoire de la musique country. Retour sur cette vie passionnante.
Née en Janvier 1949 dans le Tennessee, elle grandit dans une grande pauvreté avec 11 frères et sœurs dans une cabane en bois. Son est père d'abord ouvrier agricole puis ouvrier dans une usine automobile à Détroit et sa mère s'occupera comme elle peut de cette tribu. Ce destin, commun à beaucoup d'artistes country, inspirera à Dolly Rebecca Parton de nombreuses chansons où elle loue les efforts de la classe laborieuse, le sens de la famille, de la solidarité et la nécessité d'avoir la foi. Au-delà de ces aspects, elle explorera aussi des thématiques plus positives comme la séduction, la liberté, le pouvoir des femmes et l'acceptation des différences, allant à l'encontre d'une country conservatrice.

Un début de carrière précoce
Son oncle, Bill Owens qui sera aussi son mentor, lui appris à jouer de la guitare dès 8 ans. Elle chante à l'Eglise de son grand-père, les récits bibliques l'inspireront beaucoup dans l'écriture de ses chansons, et à 10 ans, elle se produit déjà dans des émissions de radio. A 13 ans, elle chante au mythique Grand Ole Opry, une radio incontournable pour les jeunes artistes de country. Elle est présentée par un certain...Johnny Cash.
En 1964, à 18 ans dès la fin du lycée, elle file à Nashville, la ville d'excellence pour les apprentis musiciens. Dès le premier jour, elle rencontre celui qui deviendra son mari, Carl Dean, avec qui elle sera mariée jusqu'à la mort de celui-ci en 2025. L'homme de sa vie la laissera briller tout au long de sa carrière.
Petit à petit, elle se fait connaître comme autrice-compositrice. Sa voix aigue pousse son label à la positionner comme chanteuse pop. C'est en 1967 avec l'album Hello, I'm Dolly qu'elle se fait connaître et qu'elle affirme son style country. C'est l'animateur télé Porter Wagoner qui remarque son single Dumb Blond (blonde idiote en français) et qui lui propose une place de co-animatrice pour son show. La carrière de Dolly est lancée.

A 21 ans, elle bénéficie d'une audience de plusieurs millions de téléspectateurs pour chanter. Elle touchera cette année-là 60 000 dollars, soit plus que ce que son père a touché au cours de sa vie. Avec ce premier salaire inespéré, elle s'offrira une Cadillac (très vite accidentée), elle, la fille d'ouvrier qui racontera plus tard dans Coat of many colors comment sa mère rapiéçait un vieux manteaux avec tous les bouts de tissus qu'elle trouvait.
La star est née
L'émission qu'elle anime avec Porter Wagoner l'a propulsée sur le devant de la scène. Ensemble, ils enregistrent plusieurs albums et il la forme au métier d'artiste à l'univers médiatique. A l'aise devant le public et ayant le goût des représentations, elle se fait très vite une place dans les foyers américains. Cet amour du show ne la quittera jamais. Costumes à paillettes, maquillage prononcé et volumineuse perruque blonde, le look Dolly est né.

En 1974, elle décide cependant de s'éloigner de Wagoner pour prendre son indépendance artistique. La célèbre chanson I will always love you, que Whitney Houston popularisera 17 ans plus tard, lui est dédiée. Elle le remercie pour cette fructueuse collaboration et explique la nécessité pour eux deux de prendre un chemin différent. Furieux, il avouera que c'est tout de même "sa meilleure composition". A l'époque, cette chanson est déjà un grand succès : elle est couronnée deux fois meilleure chanson country. Elvis Presley avait d'ailleurs des vues dessus mais Dolly Parton refusa de lui céder 50% des droits d'auteur.

Viendra ensuite l'immense et mélancolique Jolene (écrite le même le jour que I will always love you) où elle supplie une jolie jeune femme de ne pas séduire son mari. Une chanson inspirée d'une scène réelle : elle aurait craint qu'une banquière s'entiche de son homme, celui se rendant un peu trop souvent en rendez-vous. Un poncif de la country mais qui revêt ici une couleur particulière : le rythme, la voix, les paroles nous traduisent en seulement 2 minutes 38 toute la fragilité d'une femme qui doute mais qui se bat pour conserver ce qu'elle aime. Le prénom Jolene a été inspiré par une fan lui ayant demandé un autographe après un concert, une beauté aux "cheveux auburn et aux yeux émeraude".
La ballade est la 219e meilleure chanson de tous les temps selon le magazine Rolling Stones.
Les années cinéma
La chanteuse a aussi voulu s'essayer au 7e art. En tournant 5 films en 12 ans, c'est un pan minime de sa carrière mais non négligeable. Son plus gros succès sera son premier film : Comment se débarrasser de son patron (en français). Aux côtés de Jane Fonda et Lily Tomlin, elle forme un trio de choc contre un boss tyrannique. La chanson 9 to 5 qui l'accompagne deviendra aussi un hymne pour la salariée des années 80 qui doit lutter pour se faire respecter au travail.

Dolly Parton a aussi partagé l'écran avec Sylvester Stallone. Pas franchement passionnée par ce métier et toujours cantonnée à des rôles de blonde de service, elle ne poursuivra pas cette aventure. Sa personnalité ne collait pas non plus avec les caprices de certains de ses collègues, elle préfère de loin l'univers de la musique.
L'héritage Dolly
L'influence de la chanteuse est impressionnant. Avec quelques 3 000 chansons (dont beaucoup écrites par elle-même) et 100 millions de disques vendus, elle touche plusieurs générations d'artistes, tous genres confondus : Beyoncé, The White Stripes, Lil Nas X, Olivia Newton-John, Sophie Ellis-Bextor...tous ont repris une chanson de Dolly, il existe même des versions métal de Jolene ! Des versions francophones existent grâce à Violette Vial et Sylvie Bassaraba. Sans compter les innombrables cover d'amateurs postées sur Internet.
Quand elle n'aurait pu être elle-même qu'une héritière de la longue tradition country, Dolly Parton s'est imposée comme une nouvelle voix à part entière, elle a tracé son propre chemin, assumant d'imposer son style et sa personnalité sur la scène médiatique. Tout en respectant l'héritage des grandes dames telles que Patsy Cline ou Maybelle Carter, elle revendiqua sa singularité en défendant une liberté d'être totale. Résolument moderne dans sa manière d'être une épouse, une femme et une artiste, elle sera à contre-courant du conservatisme affectionné par une certaine frange de l'Amérique blanche populaire.

On retrouve en effet dans bon nombre d'hymnes hillbillies (même dans las années 60-70) une vision traditionnelle du couple et de la femme. Notons cependant que certaines artistes telles que Tammy Wynette ont nuancé cette approche en traduisant le dilemme de la femme moderne qui doit répondre aux attentes de la société tout s'émancipant individuellement.
Dans les textes de Dolly Parton, on trouve une défense des jeunes femmes abandonnées enceintes ou trahies par leur conjoint, elle ose aborder des thèmes liés à la santé féminine, à la perte d'un enfant, elle-même ayant souffert d'endométriose, des sujets jamais abordés jusque là.
Bien que croyante, elle enjoignait chacun à respecter la différence et à faire preuve de tolérance. C'est pour cela qu'elle devient dans les années 80 une défenderesse de la communauté LGBT+ qui la porte en icône. Adoubée par Andy Wahrol qui la transforme en figure pop, Dolly Parton s'amuse des concours de Drag Queens qui adorent prendre son apparence. Flattée, elle encourage et protège une communauté queer encore à la marge. Elle défend le mariage pour tous et se positionne ouvertement contre l'homophobie et la transphobie.

Coat of many colors (Un manteau de toutes les couleurs) deviendra un hymne arc-en-ciel lors des marches des fiertés. Symbole de la renaissance perpétuel des chansons à thème.
Pleine d'humour et d'autodérision, elle a aussi toujours assumé une féminité exacerbé. Loin d'être un personnage, elle expliquera que son look aurait été le même si elle avait été serveuse. Son apparence est même un hommage à une prostituée de sa ville natale qu'elle trouvait très belle.
Parfois taxée de kitsch ou de ringarde, elle réussit tout de même à se faire respecter par tous et sa philosophie de vie a traversé les décennies, son discours ayant encore plus d'écho en 2026. A ceux qui la traitaient de blonde idiote, elle répondait : Je m'en fiche, je ne suis ni blonde ni idiote
, assumant ainsi pleinement l'usage d'artifices esthétiques.
Musicalement, elle a su évoluer vers la pop ou le rock, connaissant assez peu d'échecs et ayant l'instinct sûr pour vivre avec son temps.

La communauté afro l'adoptera à son tour (autre tour de force pour une artiste blanche de la country) notamment grâce à la reprise de Whitney Houston puis de Beyoncé. En 2020, elle déclare son soutien au mouvement Black Lives Matter.
Ayant compris la force de son influence, elle devint une femme d'affaire puissante et l'on vit apparaître des produits dérivés à son effigie. Dolly est devenue une marque. Devant l'ampleur de ces profits et n'ayant jamais oublié la pauvreté de son enfance, elle se lança dans la philanthropie : dons pour la recherche contre le covid, aide aux victimes d'ouragans, dons de millions de livres pour les enfants par sa fondation Imagination Library, construction d'un parc à thème devenu une véritable richesse pour sa ville natale...

Elle représente bien sûr un destin dont l'Amérique raffole mais elle a toujours décliné les honneurs officiels et ne voulait pas que l'on érige des statuts à son effigie, du moins pas de son vivant !
Vous l'avez compris, la vie de l'artiste mérite largement que l'on s'y intéresse. Aimée pour son éternel optimisme, elle était l'une des dernières figures capable de rassembler un pays plus divisé que jamais. Le monde entier lui a rendu hommage : l'Empire State Building s'est paré de rose (sa couleur préférée), les drapeaux américains sont en berne pour une semaine et la Garde Royale britannique a même entonné l'air de 9to5. Une belle sortie de scène.
Si vous désirez comprendre un peu mieux le phénomène Dolly Parton, nous vous recommandons vivement ces deux références : la série documentaire Country Music de Ken Burns (l'épisode 7 est consacré à la période 1960-1980) et le documentaire disponible sur Arte : Dolly Parton, l'Amérique réconciliéerel= “noopener“ Nouvelle fenêtre.
Retrouvez aussi les CD empruntables dans vos médiathèques.
