Le test de Bechdel : un outil simple pour observer la place des femmes dans la fiction
À l’occasion du mois de mars et de la Journée internationale des femmes, pourquoi ne pas poser un regard un peu différent sur nos films, séries ou bandes dessinées préférés ? Un outil simple, souvent cité lorsqu’on parle de représentations féminines dans la fiction, permet de le faire en quelques questions : le test de Bechdel.
Son nom vient de Alison Bechdel, autrice américaine de bandes dessinées. En 1985, dans une planche de sa série Lesbiennes à suivre (en VO Dykes to watch out for), un personnage explique qu'elle ne va voir un film que s'il respecte trois règles très simples. L'idée, d'abord humoristique, a ensuite été largement reprise.
Trois critères très concrets
Une œuvre réussit le test si :
- elle comporte au moins deux personnages féminins nommés ;
- ces personnages parlent ensemble ;
- leur conversation porte sur autre chose qu'un homme.
Ces critères sont volontairement minimaux. Pourtant, un nombre non négligeable d'œuvres - films, séries, romans ou bandes dessinées - ne les remplissent pas.
Le test ne constitue ni un label de qualité ni une évaluation exhaustive. Une œuvre peut le réussir tout en proposant des personnages féminins peu développés. À l'inverse, un récit centré sur une héroïne peut échouer s'il ne met pas en scène d'échange entre plusieurs femmes. Il s'agit donc d'un indicateur, non d'un jugement.
La bande dessinée à l'origine
Le test apparaît dans le champ de la bande dessinée, un médium qui reflète, comme les autres formes de fiction, les imaginaires de son époque. Fun home : une tragicomédie familiale, autre ouvrage majeur d'Alison Bechdel, a par ailleurs contribué à faire connaître le roman graphique autobiographique auprès d'un large public.
Longtemps dominée par des univers majoritairement masculins, la bande dessinée a connu d'importantes évolutions. La diversification des autrices et des thématiques a élargi les représentations, sans pour autant effacer toutes les dynamiques narratives héritées du passé.
Pourquoi parle-t-on encore du test aujourd'hui ?
Près de quarante ans après sa création, le test de Bechdel continue d'être mentionné dans les médias et dans les analyses culturelles. Sa longévité tient en grande partie à sa simplicité : il peut être appliqué facilement et permet une première observation rapide.
Au fil du temps, les représentations féminines se sont transformées et enrichies. Pourtant, l'application du test à des œuvres contemporaines peut encore produire des résultats inattendus.
Le test a également inspiré d'autres outils plus complexes, cherchant à prendre en compte la diversité des parcours et des identités. Ses limites sont régulièrement rappelées : il ne mesure ni la profondeur des personnages ni la qualité d'un scénario. Il reste toutefois un point de départ accessible pour interroger la construction des récits.
Un outil d'observation
Utiliser le test de Bechdel, c'est avant tout adopter un léger déplacement du regard. En refermant un album ou en visionnant un film, on peut se demander si les personnages féminins existent dans l'histoire indépendamment des figures masculines.
Cette question n'a pas vocation à classer les œuvres, mais à mieux comprendre les mécanismes narratifs. Dans le cadre de l'éducation aux médias et à l'image, elle peut ainsi constituer un support pédagogique simple et efficace.
Né dans une bande dessinée, le test de Bechdel rappelle ainsi que les récits façonnent nos imaginaires. Les observer avec un peu plus d'attention permet parfois d'en percevoir les équilibres - ou les déséquilibres - avec davantage de précision.
Œuvres d’Alison Bechdel et documentaires évoquant son parcours et son influence, disponibles dans le réseau des médiathèques :
-
C'est toi ma maman ? : un drame comique
L'auteure sonde les origines de son homosexualité à travers une quête tragi-comique autour de sa relation à sa mère, de la difficulté d'être enfant et de se bâtir une vie amoureuse harmonieuse. Elle met en scène les figures icôniques de V. Woolf, du psychanalyste D. Winnicott et du docteur Seuss. -
La Déferlante
"Dans ce dernier numéro de l'année, La Déferlante prend pour thème JOUER. Dès la petite enfance, les rayons jouets des magasins distinguent jeux de filles et jeux de garçons. Des stéréotypes qui perdurent bien au-delà des cours de recréation, notamment dans l'industrie du jeu vidéo. Comment rebattre les cartes ? Egalement au sommaire : une rencontre percutante entre l'écrivaine Virginie Despentes et l'ex candidat du NPA à la présidentielle Philippe Poutou ; un portrait de la bédéiste états-unienne Alison Bechdel, figure majeure de l'autofiction dessinée ; un grand débat sur les liens entre politique, mémoire et création artistique : "Que faire des oeuvres problématiques ? " . Et toujours des chroniques, des papiers Histoire, le strip de Lisa Mandel. . ". -
Femmes
Au programme, pour chaque personnalité : ses combats, ses moyens d'expression, ses réalisations, une citation et les faits marquants de sa biographie. Pour comprendre le monde d'hier et d'aujourd'hui. Découvrez le portrait de 40 femmes qui ont combattu pour se faire entendre, défendre leurs droits et obtenir l'égalité. Artemisia Gentileschi, Olympe de Gouges, Mary Wollstonecraft, Flora Tristan, George Sand, Hubertine Auclert, Emmeline Pankhurst, Kate Sheppard, Marie Curie, Alexandra David-Néel, Alice Guy, Qiu Jin, Virginia Woolf, Louise Weiss, Itô Noé, Frida Kahlo, Astrid Lindgren, Simone de Beauvoir, Louise Bourgeois, Katherine Johnson, Gisèle Halimi, Simone Veil, Niki de Saint Phalle, Nawal el Saadawi, Ruth Bader Ginsburg, Jane Goodall, Margaret Atwood, Pina Bausch, Rosie la Riveteuse, Angela Davis, Shirin Ebadi, bell hooks, Oprah Winfrey, Sarojini Sahoo, Alison Bechdel, Meaza Ashenafi, Waris Dirie, Mana al-Sharif, Beth Ditto, Malata Yousafzai. -
Fun Home : une tragicomédie familiale
Bruce Bechdel, ancien professeur, dirige un salon funéraire à la suite d'un obscur scandale qui a secoué la petite ville de Pennsylvanie où il enseignait. Sa sensibilité exacerbée, sa passion de la beauté s'expriment dans l'embaumement des corps. Sa fille Alison voit son adolescence occultée par l'ombre de ce père aux secrets douloureux et découvre au même moment son homosexualité. -
L'essentiel des gouines à suivre
Une succession de chroniques mettant en scène les aventures de Mo, Loïs, Sydney, Sparrow, Ginger, Clarice et une foule d'autres personnages. Elles traitent, entre autres, des thèmes de l'homosexualité et de la bisexualité féminine à travers des sujets aussi variés que la rupture amoureuse, l'homoparentalité, l'amitié ou le sexisme. -
L'essentiel des gouines à suivre
Une succession de chroniques mettant en scène une pléiade de personnages et traitant, entre autres, des thèmes de l'homosexualité et de la bisexualité féminine à travers des sujets aussi variés que la rupture amoureuse, l'homoparentalité, l'amitié ou le sexisme. L'ensemble constitue un témoignage sur l'Amérique des années 1990. -
La ligue des super féministes
La Ligue des super-féministes est une super-boite à outils féministes. Elle s'adresse aux enfants dès 10 ans et aborde avec clarté, pédagogie et beaucoup d'humour la représentation , le consentement, le corps, l'identité sexuelle... Ces notions sont complétées par des outils pratiques (test de Bechdel, écriture inclusive...) qui font de cette BD un véritable petit manuel d'auto-défense féministe, salutaire à tout âge. Mirion Mall eest autrice et dessinatrice de bande dessinée. Autrice du très remarqué Commando Culotte, est la plus talentueuse et la plus drôle des autrices de BD didactique : elle relève le défi haut la main avec cette BD engagée, efficace et accessible et surtout drôlissime ! -
Le secret de la force surhumaine
Après avoir exploré dans Fun Home et C'est toi ma maman ? les figures complexes de son père et de sa mère, c'est à la recherche d'elle même qu'Alison part avec ce nouvel ouvrage. Et où mieux se trouver que dans cette passion pour les sports violents, ineptes ou dangereux qui la pousse depuis l'enfance vers les derniers modèles de sneakers, tatamis, skis de fond, moutain bikes et autres instruments de torture ? Mais plus Alison se cultive physiquement, plus sa psyché semble lui faire obstacle. C'est donc du côté des philosophies orientales et des poètes romantiques et transcendantalistes des siècles passés, de Coleridge à Jack Kerouac, que notre exploratrice traque l'illumination. En artiste virtuose et athlète qui-ne-rajeunit-pas, elle parvient à la conclusion que le secret de la force surhumaine ne réside pas dans la vie au grand air et les abdos en plaquette de chocolat, mais plutôt dans le fait d'accepter sa dépendance aux autres, cruciale à la survie mentale. Comme dans toute son oeuvre, humour, culture, introspection et profondeur de vue entrent en fusion pour faire de ce Secret de la force surhumaine une pierre de plus dans le jardin zen d'Alison Bechdel et une nouvelle pépite du roman graphique. -
Une bibliothèque féministe
Un livre peut changer une vie. Romancières, artistes, intellectuelles... Ces figures emblématiques du féminisme ont accepté de confier ici le livre qui les a transformées. La langue est sans détour, leur sincérité, absolue. Avec elles, on relit les incontournables, on découvre des textes méconnus, on se forge en chemin. Voici, racontées par elles : Virginie Despentes, Audre Lorde, Ysiaka Anam, Nnedi Okorafor, Simone de Beauvoir, Fanny Raoul, Susan Sontag, Françoise d'Eaubonne, Denis Mukwege, Djaïli Amadou Amal, Camille Claudel, Virginia Woolf, Alison Bechdel, Alexandra Kollontaï, Liv Strömquist, Annie Ernaux, Chris Kraus.
