La disparue de la réserve Blackfeet

Renevier, Anaïs
Public :
Adultes
Lien vers l'oeuvre

Résumé

2017. Une femme amérindienne disparaît après une fête. Le décompte commence. 2017. Une femme amérindienne disparaît après une fête. Le décompte commence. Juin 2017, réserve des Blackfeet, Montana. Ashley Loring Heavyrunner, 20 ans, part à une fête. Quelqu'un l'attend en bas de chez elle, sa famille ne la reverra plus. C'est à sa soeur, Kimberly, que revient le devoir de naviguer à travers le flot de rumeurs pour tenter de démêler les faits. Car sur ces terres indigènes, au coeur des montagnes, les mères et les soeurs doivent résoudre seules les disparitions des femmes de leur communauté. La police reste sourde à toutes les demandes, ignore l'ampleur des histoires, où chaque famille connaît des disparitions. Avec acharnement, Kimberly persévère, organise des battues, interroge les témoins, portant même l'affaire jusqu'au Congrès, à Washington, luttant pour qu'Ashley ne soit pas oubliée comme tant d'autres avant elle. La journaliste Anaïs Renevier brise le silence qui entoure ces affaires et dessine les contours d'une crise nationale meurtrière. Etre une femme amérindienne dans une réserve, c'est être une victime potentielle, des hommes, des réseaux de traite sexuelle et de drogue. C'est aussi avoir dix fois plus de risques de se faire tuer que la moyenne aux Etats-Unis. Péniblement, l'Amérique ouvre les yeux sur ces zones de non-droit, gangrenées par une violence, qui jaillit avant tout sur les femmes.

Notre avis

"Une nation n’est pas conquise tant que le cœur de ses femmes n’est pas à terre. Les filles, on est loin d'être conquises!"

Cette phrase de Lily Gladstone (première femme native américaine à avoir remporté l’Oscar de la meilleure actrice pour le film Killers of the Flower Moon en 2024) résume à elle seule la lutte sans faille des MMIW (Missing and Murdered Indigenous Women) aux États-Unis, mais englobe également le travail de la journaliste française, Anaïs Renévier, sur la disparition d’Ashley Loring Heavyrunner.

2017 Réserve Blackfeet, dans le nord du Montana.

Nous sommes dès les premières pages plongés dans ses épaisses forêts, sa nature verdoyante et ses célèbres ours. Demeurant l’un des derniers refuges des natifs américains, nous suivons Kimberly, la sœur d’Ashley, qui se bat depuis presque dix ans pour connaître la vérité sur la troublante disparition de sa sœur.

Dans le silence mordant d'une communauté ravagée par la pauvreté et la drogue, c’est la voix hurlante de Kimberly qui fera trembler sa réserve et les États-Unis car derrière la disparition de sa sœur se cachent des centaines d’autres cas similaires jamais élucidés. La plupart du temps, les familles restent sans réponse ; elles doivent mener de front leurs propres recherches face à des autorités sourdes à leurs revendications. Peu à peu, les langues se délient, les femmes autochtones se rencontrent ; l’affaire d’Ashley, qui ira jusqu’au Congrès de Washington, permettra de mettre en lumière ses souffrances impunies.

Anaïs Renévier réussit le pari de nous faire comprendre ce phénomène systématique aux États-Unis dans un texte mêlant faits historiques, compassion et force. La lecture fluide permet de mieux comprendre les enjeux qui se cachent derrière ces disparitions : entre un racisme et un sexisme criants, l’autrice met tout en œuvre pour que nous comprenions qu’il ne s’agit pas d’une simple coïncidence si le sort des femmes autochtones intéresse peu l’Amérique du Nord et que cela a véritablement un lien avec la considération générale de ce peuple déraciné. Néanmoins, le livre se termine par une note d'espoir, car l'autrice met en valeur le travail acharné de ces mères, filles, sœurs, tantes et nièces, qui se battent pour faire valoir la perte de leurs disparues. Un travail qui est toujours en lutte et qui survit coûte que coûte.