Résumé
Au commencement était Betty Jean. Fille et petite-fille d'esclaves de Louisiane, la grand-mère de Sasha se forge vite sa propre définition de la liberté - il n'est pas venu, celui qui passera la bague au doigt de Betty ! Sept filles lui seront données par ces amants de passage, qu'elle élèvera à la force du poignet, aidée par les femmes du 5010. Car au 5010 Chennault Road, à Houston, c'est un perpétuel défilé : filles, soeurs et tantes se retrouvent autour d'un repas, tressent les cheveux des plus jeunes, pansent les blessures de celles dont le mari a eu la main leste la veille. C'est dans cette ambiance que grandit la tempétueuse Connie, avec qui Betty n'est pas une tendre. Alors, dès que l'occasion se présente, la jeune femme fait ses valises et part s'installer avec Bobby, le père de Sasha. Des années plus tard, lorsque Sasha devient mère à son tour, elle s'interroge : comment ne pas léguer à sa fille le racisme intériorisé de Connie ? La froide sévérité de Betty Jean ? Mais lui transmettre l'inébranlable sens de la communauté et la douceur résolue de ces femmes qui ont modelé sa vie ?
Notre avis
On m'a élevée dans l'idée que chacun d'entre nous est la somme des prières de ses grands-mères.
Dans ce roman mêlant récit de vie, faits historiques et poésie, Sasha Bone dévoile ici la magie de son écriture dans son premier roman, nous faisant revivre, de manière imaginée, les vies tragiques mais résilientes des femmes de sa famille. En plongeant dans la psyché de trois générations de femmes afro-américaines, la transmission, la résilience et les liens familiaux sont au cœur de cette fresque vivante et émouvante.
Autour de la symbolique de l’eau, avec l’image de la grossesse et de l’amour entre une mère et sa fille, l’autrice revient sur sa grand-mère et ses onze enfants pour comprendre l’enfance de sa propre mère dans un Houston délabré, pauvre et dangereux. Malgré un enchaînement de moments de vie durs, face aux abus générationnels, l’autrice tente de retenir le meilleur dans une philosophie de l’avant. On entre dans cette famille, qu’elle met à nu, pour en extraire la douleur, guérir, et faire mieux avec la génération suivante.
Dans la veine de Mon vrai nom est Elizabeth, chaque passage s’enchaîne parfaitement, sans que l’on veuille que cela s’arrête. L’arbre généalogique est structuré et nous permet de nous fondre encore plus dans le personnage, ici bien réel, de Sasha. Il ne s’agit pas forcément de pardonner, mais de comprendre. C’est poignant, bouleversant, et cela nous offre aussi un aperçu des conditions de vie des femmes Afro-Américains tout au long du XXe siècle aux États-Unis.