Oslo, de mémoire

Blonde, Didier (1953-....)
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Adultes
Lien vers l'oeuvre

Résumé

"Inga. Je me suis répété ce nom, si clair, que j'avais dû lui dire bien des fois. Elle avait dix-huit ans, peut-être. Pas plus. Toujours en jean et tee-shirt blanc. Elle ne portait pas de bijoux, sauf une petite croix au bout d'une chaîne passée autour du cou. Elle m'avait hébergé dans un appartement où elle restait seule pendant les vacances de ses parents partis sur une île en Suède, m'avait-elle expliqué. La couette du lit étalée sur le sol. Un grand fauteuil en osier dans un angle. Une guitare posée dessus (que jouait-elle sur cette guitare ? Des chansons de Leonard Cohen ou de Joni Mitchell ? ). Des posters aux murs. Des livres sur une étagère en bambou. Elle me parlait de celui qu'elle était en train de lire. Je ne me rappelais plus son titre. Mais son auteur était Cora Sandel. Oui, c'est par Inga que j'avais entendu pour la première fois le nom de Cora Sandel".

Notre avis

Le roman narre la rencontre du personnage principal avec une réalisatrice suédoise qui le sollicite pour le tournage à Paris d’un documentaire retraçant la vie d’une écrivaine suédoise du 20e siècle largement méconnue en France.
Cette trame est le prétexte pour évoquer l’histoire personnelle du narrateur avec la Suède qu’il a visité dans sa jeunesse, où il a connu l’amour mais dont tous les souvenirs semblent s’être effacés de sa mémoire.
La mémoire est d’ailleurs le vrai sujet de ce roman qui aborde la question de ces souvenirs qui disparaissent et sur la façon dont ils peuvent ressurgir, à la façon de la madeleine de Proust, par un son, une image ou une odeur indépendamment de notre volonté alors qu’ils échappent à tout effort conscient de les invoquer.
Derrière le narrateur, on sent qu’il y a l’auteur et le roman entier est une mise en abîme : le personnage principal, lui-même écrivain, ayant des similitudes avec l’auteur, enquête sur la vie d’une écrivaine qui s’est elle-même mise en scène dans ses romans comme un personnage de fiction.
L’écriture est travaillée, fluide et bien que la tonalité soit principalement mélancolique, c’est très agréable à lire et d’un réalisme plaisant au sens où tout semble se passer avec la demi-teinte propre à la vraie vie et non comme cela serait passé dans un « roman » avec des fins heureuses et des hasards un peu trop beaux pour être vrais. Notre horizon d’attente de lecteur est donc surpris mais tout en douceur et pour le mieux.