Les enfants sacrifiés des pensionnats sanitaires
Résumé
Des années 1950 à 1980, des milliers d'enfants ont été envoyés par leur médecin dans des pensionnats sanitaires, vantés pour leur savoir-faire médical et pédagogique. Héritiers de l'arsenal de lutte contre la tuberculose, ces centres hélio-marins, financés par la Sécurité sociale, se sont développés dans toute la France, en particulier sur la côte atlantique. Pourtant, la plupart des enfants qui y ont été reclus n'ont jamais vu la mer. Traités pour rachitisme, ciblés socialement, ces fils et filles d'ouvriers ou d'agriculteurs, âgés de 2 à 12 ans, ont été séparés de leur famille pendant des mois, parfois des années, subissant piqûres d'eau salée, sévices et infections contractées dans la promiscuité de cet univers carcéral. S'appuyant sur des centaines de documents d'archives et des témoignages inédits, Fanny Marlier retrace un système glaçant qui, sous couvert de soigner les enfants, n'a eu de cesse d'exercer des violences à leur encontre. Elle raconte un Etat qui, sans aucun contrôle, a autorisé l'enfermement de mineurs, et lève le voile sur cette histoire tenue secrète.
Notre avis
C'est un pan oublié de l'histoire de la médecine mais il a pourtant marqué des générations d'enfants sur plusieurs décennies.
En France, après la guerre et jusqu'en 1980, on a envoyé des milliers d'enfants dans des sanatoriums pour soigner les premiers signes d'une infection pulmonaire ou quelque autre faiblesse. Persuadés des bienfaits du soleil et du bon air, les professionnels de la santé et du social ont éloigné des enfants parfois très jeunes de leur famille pour une durée souvent longue. Mais ces centres de santé se sont avérés bien inefficaces, loin de soigner réellement ils brisaient les petits pensionnaires qui parfois n'étaient même pas malades. Mauvais traitements, absence d'instruction, humiliations, coupure du lien familial, non-distribution du courrier, punitions barbares, soins douteux...Beaucoup d'enfants rentraient chez eux dans un pire état que le jour de leur arrivée.
Et pourtant ces cures étaient présentées comme la solution miracle pour remplumer les enfants maigrichons, alléger la charge familiale et éviter les épidémies. En plus, c'était comme leur offrir un semblant de vacances. Mais comme souvent à cette époque, la parole des médecins n'était pas remise en question. Souvent visées, les familles les plus pauvres se pliaient aux injonctions de ceux-ci et des assistances sociales, qui ne remettait jamais en cause le bien-fondé de ces institutions douteuses. Certains parents eurent beau alerter en voyant les séquelles psychologiques et physiques sur leurs enfants, il fallut énormément de temps avant que les pouvoirs publics ne se mettent à contrôler sérieusement ces pensionnats d'un autre âge. Derrière l'intention de prendre soin d'une jeunesse, il y eut énormément de dérives couvertes.
De plus, l'intérêt de ces cures est vite devenu obsolète : les vaccins et les traitements se sont révélés très efficaces pour lutter contre ls diverses infections. Mais les enjeux financiers étaient importants, ce qui est explique qu'il fallut attendre les années 80 pour que les derniers centres ferment. Ce qui aurait pu être un scandale sanitaire d'ampleur a été étouffé par le désir d'oublier.
Fanny Marlier a interrogé d'anciens pensionnaires, presque tous encore traumatisés. A l'époque, ils n'ont pas osé dénoncer les violences ou ils n'ont pas été crus. Son travail d'enquête a été complexe (il existe très peu d'archives) mais il s'avère rigoureux et très efficace. On découvre avec horreur les agissements de tous les acteurs de ce système : infirmières, surveillantes, médecins...ceux qui étaient sensés protéger les petits ont exercé des abus à peine croyables. Sous couvert de pédagogie et de thérapie, le pire a été commis. Le plus choquant est de constater que, si quelques professionnels ont refusé ces pratiques, beaucoup les ont approuvé. On s'interroge alors sur la capacité humaine a exercer aveuglement la violence sur les plus faibles.
Une enquête nécessaire et éclairante bien que révoltante.