Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin
Résumé
Jack Burton, aventurier des temps modernes, a roulé sa bosse à travers toute l'Amérique. Il s'est battu dans les quartiers les plus mal famés et croit connaître tous les dangers de la terre. Pourtant, lorsqu'il part à la recherche de la belle Miao Yin, la fiancée de son ami Wang Chi, il va aller de surprises en surprises au coeur de Chinatown, au beau milieu d'une lutte surnaturelle entre les puissances du Bien et du Mal orientales.
Notre avis
Film charnière dans la carrière de John Carpenter, Les aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin reste une œuvre aussi singulière que mal comprise. Malgré (ou à cause de) son originalité, le film fut un échec commercial à sa sortie. Pourtant, il marquait à l’époque une audacieuse réinvention du film d’aventures, un hommage assumé aux films d’arts martiaux des années 70 tout en se jouant des codes hollywoodiens popularisés par Indiana Jones. Mélangeant film d’action américain et film d’arts martiaux chinois, Les aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin déroute les studios et le public. En avance sur son temps, il excelle dans ses scènes de combats réalistes interprétées et supervisées par des spécialistes de sports de combats asiatiques.
Kurt Russell y campe Jack Burton, camionneur fanfaron censé incarner le héros américain typique : viril, rusé, invincible. Mais Carpenter renverse ironiquement ce modèle, si bien que Burton s’avère maladroit, bavard et souvent à côté de la plaque, laissant à son ami Wang Chi (Dennis Dun) le rôle du véritable héros courageux, loyal et efficace. Ce décalage entre apparence et réalité donne toute sa saveur au film qui plonge un anti-héros dans des situations à l’humour parodique bienvenu.
Les personnages féminins ne sont pas en reste. Incarnés par Kim Cattrall et Kate Burton, ils se distinguent par leur indépendance et leur humour, loin des clichés réducteurs souvent associés au genre. John Carpenter, que l’on connaît grand amateur du cinéma d’Howard Hawks, donne un beau rôle au personnage de Gracie Law, avocate très bavarde. Avec son humour ironique, son impertinence et sa vivacité, elle rappelle les héroïnes des screwball comedies et contribue à tourner en dérision le machisme fanfaron de Jack Burton, ce qui amène le film à interroger avec distance et humour les codes virilistes du film d’action.
Le réalisateur donne également une importance inédite à la communauté chinoise de San Francisco, en transformant le quartier de Chinatown en un espace mythique, à la fois concret et surnaturel. Les décors, d’une inventivité constante, oscillent entre réalisme urbain et féérie souterraine peuplée de créatures fantastiques et d’effets visuels surprenants intégrant des trouvailles de couleurs et de perspectives.
Non content de téléporter le wu xia pian sur le territoire américain, John Carpenter introduit la magie orientale dans un cadre contemporain, préfigurant le mélange des genres cher au cinéma des années 1990. Avec ce film savoureux, le réalisateur signe une aventure aussi exubérante que visionnaire.