Un peu de musique antillaise
Et là, il y a de fortes chances pour que vous pensiez Philippe Lavil ou la Compagnie Créole, peut-être un peu de zouk, et puis...ensuite...pfff.. le vide.
Tss...tss...tss..je vais vous donner envie d'aller plus loin.
Il ne faut pas oublier que les Antilles sont très proches de États-Unis, de Cuba, de Porto-Rico, de la Dominique, d'Haïti. Vous commencez à imaginer les influences de partout qui se retrouvent dans cette musique ?
Loin de moi l'idée de vous faire un cours sur la musique antillaise, je n'y arriverai pas, par contre, je peux vous filer deux trois idées parmi mes coups de coeur à écouter.

Quand en 1975, en métropole on écoutait la bonne du curée d'Annie Cordy, Super Combo sortait leur deuxième album, mélange de rythmes caribéens et de funk, mâtiné de merengue avec force cuivres et percussions. Et sur cet album, on trouve le morceau mwen domi dewo (je dors dehors), une chanson engagée et acerbe sur l'émigration antillaise en métropole et leur désillusion, appelée de ses voeux par la République dès les années 60, par le biais du fameux BuMiDomNouvelle fenêtre.

Plus léger, et là, ça va vous parler plus sûrement que Super Combo, Franky Vincent, et oui, Le Franky Vincent d'Alice ça glisse, sortait en 1978 un album très intéressant, Tabou N°2 déjà dans la veine paillarde mais musicalement excellent.
Dont La vie en rose, où encore une fois, et on n'est pas loin du BuMiDom, le chanteur parle de son arrivée à Paris. Ce morceau, je ne m'en lasse pas, tout ce qu'il y a de dansant et parfaitement rythmé, franchement, un bijou du genre.
En 1978, Edouard Benoit, saxophoniste guadeloupéen sortait son album éponyme, incluant un morceau incroyablement enlevé, et plein de sous-entendus grivois, Mauve chauffe. Représentant parfaitement le mouvement "kadans" qui inondait les boites de nuits des années 70, vous passez le morceau et hop, mélange de merengue, pop music et salsa, un must !
Venant d'Haïti, un grand, très grand groupe de jazz, le Caribbean Sextet, créé dans les années 70 sous la direction de Réginald Policard, inventait une musique mâtinée de jazz de kompa et de rythmes latins. Dans l'excellent album 'En gala', on trouve une pépite délicieuse 'Boss', parfaite maîtrise rythmique qui illustre cette fusion musicale de jazz et de salsa.
Voici maintenant l'album Dou Van Jou de Jimmy Blanche qui, en 1987, modernisait l'instrument iconique de la Guadeloupe, le gwoka, gros tambour qui emplit l'air de ses basses si caractéristiques. un album très particulier et très novateur.
Enfin, à la fin des années 2010 est apparu un courant né sur les rythmes du dancehall jamaïcain, le shatta, définitivement entré dans les nuits antillaises à la fin des années 2020 grâce à Maureen, la reine (autoproclamée ?) du shatta avec son titre Tic.
Choisir c'est éliminer, je ne peux malheureusement pas tout citer, mais voici plus bas quelques extraits de titres que j'apprécie particulièrement et qui, j'espère, vous donneront envie d'écouter cette musique antillaise si riche.
Vous aurez l'occasion de mieux comprendre l'immigration antillaise et le rôle de ce fameux BuMiDom si présent dans la société antillaise lors d'une conférence avec La Fabrique des Savoirs, le samedi 18 avril à 16 h à la médiathèque Aimé-Césaire.
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Créole pop
Pop créole ? Non. Créole pop ! La nuance est importante. Le sujet n'est pas pop, le sujet est bien créole. Parce qu'il est temps de le dire clairement : oui, la musique créole est bien ce miracle où tous les artistes, tous les genres, tous les mondes se rencontrent. Il ne s'agit plus de définir un genre ou de coller à une étiquette, il s'agit d'observer la relation magique entre neuf artistes et leur producteur Joël Jaccoulet (Victor O, Stevy Mahy, Esy Kannanga). Une relation où la musique gagne toujours, où les artistes antillais montrent qu'ils sont comme souvent les premiers à oser repousser les limites du format et de la norme, en répondant avec panache à l'invitation d'Edouard Glissant : "Changer en échangeant". -
Dolores : salsa & guaracha from 70's french west indies
Entre musiques latines et terroir des Antilles Françaises, des mythiques Malavoi à Los Martiniquenos, des rares Los Caraïbes à Henri Guedon c'est ce fourmillement créatif dont témoigne cette présente sélection, quatorze titres pour un brassage aussi intempestif qu'inédit, entre classiques et raretés, où toutes les musiques de l'archipel créole entrent à un moment ou à un autre en piste. Qu'elles soient d'essence rurale ou d'extraction plus urbaine, toutes rappellent la trace du chant confisqué par l'esclavage. -
Haïti goes latin
Les années 70. Captivés par la fièvre salsa, certains groupes phares du compas haïtiens prennent plaisir à jouer la salsa et le latin jazz. Le projet Haïti goes latin réunit une sélection de ces morceaux. Deux morceaux de compas aux accents funky et un morceau de troubadour viennent naturellement compléter cette sélection. Ces œuvres sensuelles et élégantes aux riches parties instrumentales, ont été enregistrées entre New York, la capitale de la salsa, Miami et Haïti dans le fameux studio Audiotek, de 1976 à 1984. -
J'ai traversé la mer
Edmony Krater a défini une vision moderne et contemporaine du gwo ka, loin de toute folklorisation mais strictement fidèle à l'identité guadeloupéenne. Une identité qu'il fait voyager dans des notes de jazz cuivrées ou les boucles séquencées d'une boîte à rythmes. Le gwo ka en filigrane plus ou moins affirmé mais toujours présent, contenu dans les rails pour assurer la colonne vertébrale d'un morceau, compagnon de jeu avec lequel les musiciens organisent de folles courses de solistes sur lesquelles il abat ses orages percussifs. Une identité au militantisme affirmé, qui se rappelle du tumulte politico-social d'une île dont les trésors naturels meurent sous les nuisances chimiques. -
Mizik maladi volume 3 : zouk, boogie & gwo ka moderne 1982-1993
Strut Records présente le très attendu troisième volume de la série Disques Debs International, plongeant plus profond dans les archives de l'un des plus grands labels caribéens français, Disques Debs, basé en Guadeloupe. Jouant un rôle central dans l'élaboration de la musique caribéenne moderne, le label a fait le lien entre les traditionnels biguine et gwoka, et des styles contemporains comme la cadence, le compas et le zouk, ce dernier devenant un phénomène mondial dans les années 1980 avec la contribution d'artistes emblématiques comme Kassav' et Zouk Machine. Cette période voit Disques Debs défendre une nouvelle génération d'artistes tout en entretenant des liens avec les figures légendaires des décennies précédentes. Le volume 3 de cette série met en lumière l'une des périodes les plus dynamique et influente du label, alors qu'il prends une dimension mondiale au cours des années 1980. À travers 2 x LP, ce troisième volume présente une sélection d'artistes confirmés et émergents ayant défini leur époque et célèbre non seulement l'héritage inégalé d'Henri Debs, mais offre également l'instantané d'un âge d'or de la musique caribéenne, consolidant ainsi Disques Debs en tant qu'institution culturelle. -
Nanm kann
Pour l'aventure musicale de Nanm kann, le légendaire guitariste antillais a rassemblé autour de lui des artistes de talent et amis. Il avait repris le fil d'une histoire entamée en 2000 avec Euphrasine's blues, du nom d'une de ses aïeules, et nous a livré sa vision du blues, qu'il métisse de l'esprit créole. Le fondateur de Kassav' est accompagné de Marion Canonge au piano, Yoann Danier à la batterie, Régis Thérèse à la basse, Jowee Omicil au saxophone, Jerryka Jacques-Gustave et Raymonia Moko aux choeurs. Une découverte plus intime de ce grand artiste, qui nous a quitté il y a peu.