Le président du jury, Park Chan-wook
« La raison pour laquelle nous sommes assis dans le noir dans la salle de cinéma, c’est pour mieux voir la lumière de l’œuvre que nous regardons. La raison pour laquelle on se cloître dans la salle, c’est pour que l’âme soit libérée à travers la fenêtre qu’est le film. Je suis impatient de vivre cette double captivité volontaire avec les membres du Jury : être enfermé pour regarder un film, être enfermé pour discuter du film. En cette époque de haine et de division, je crois que le simple fait de se rassembler dans une salle de cinéma pour regarder un film en même temps, en synchronisant nos respirations et nos battements de cœur, permet de créer de la solidarité, émouvante et universelle. »

Né en 1963 à Séoul, Park Chan-wook est réalisateur, scénariste et producteur. Il a aussi été critique de cinéma, lui qui a découvert sa vocation en tant que spectateur, lors d’une projection de Vertigo. A la fin des années 80, il travaille dans l’industrie du cinéma afin de se rapprocher de sa passion et trouver les financements nécessaires pour réaliser son premier film. Cela se fera en 1992 avec The Moon Is... the Sun's Dream, film de gangster qui met en scène un triangle amoureux entre une chanteuse, un gangster et son frère et qui se solde par un échec commercial. Son second film, Saminjo, ne connait qu’un succès médiocre. Le réalisateur met un moment à se relancer mais, avec un court-métrage sélectionné au festival de Clermont-Ferrand, il commence à obtenir une reconnaissance. Il réalise alors un film de commande, Joint Security Area, et le succès est au rendez-vous, tant public que critique. Il devient alors un réalisateur reconnu en Corée du Sud.
Park Chan-wook peut ainsi se lancer pleinement et créer l’œuvre qui va le porter sur le devant de la scène internationale et que l’on a intitulé La trilogie de la vengeance. C’est en effet avec ces films violents qui portent les thèmes de la revanche et du châtiment que le cinéaste devenir culte. Dans Sympathy for Mister Vengeance (2002), un ouvrier sourd-muet, prêt à tout pour financer la greffe de rein de sa sœur malade, enlève avec sa compagne la fille d’un riche patron pour obtenir une rançon, déclenchant une spirale de catastrophes et de vengeances croisées. Avec Old Boy (2003), un homme enlevé et séquestré pendant quinze ans sans explication est soudain relâché. Il a seulement quelques jours pour découvrir qui l’a emprisonné et pourquoi, et sombre dans un engrenage de vengeance et de manipulation. Enfin, dans Lady Vengeance (2005) une jeune femme modèle en apparence décide de se venger de l’homme qui l’a manipulée. Après avoir passé treize ans en prison pour un crime qu’elle n’a pas commis, elle orchestre patiemment une vengeance aussi cruelle que méticuleuse.
Park Chan-wook aime explorer des genres variés. Ainsi, avec Je suis un cyborg, il fait une incursion dans la comédie romantique fantaisiste, puis il s’empare du film de vampire avec Thirst. En 2013, Park Chan‑wook s’essaie au cinéma américain avec Stoker, un thriller familial et psychologique mâtiné de gothique dans lequel une adolescente voit un mystérieux oncle s’installer chez elle après la mort de son père, réveillant tensions familiales, secrets enfouis et pulsions troubles. Avec Mademoiselle, qui est présenté au Festival de Cannes 2016 en compétition, le cinéaste teinte d’érotisme un film historique situé en Corée des années 1930, sous l’occupation japonaise.
En 2022, lorsqu’il présente à Cannes le thriller policier à l’ambiance hitchcockienne Decision to Leave, il trouve l’occasion de rendre hommage à son film de chevet. Ce long métrage remportera le prix de la mise en scène au prestigieux festival.

Cette année, son film Aucun autre choix est sorti sur les écrans français. Il s’agit d’une adaptation de l’excellent roman de Donald Westlake, Le couperet, dans lequel un chômeur assassinait ceux qui, comme lui, postulaient à la même offre d’emploi, afin d’éliminer ses concurrents. On voit bien comment, à partir de ce matériau, le réalisateur peut laisser libre court à ses thèmes de prédilection.

Nul doute que son regard saura privilégier des films marqués par une tension psychologique forte et une mise en scène audacieuse.






