Carte blanche à Nadège Erika
Autrice et éducatrice spécialisée, Nadège Erika est invitée lors notre temps handicap, Sen[psy]bilités, consacré aux troubles psychiques. Elle viendra échanger autour de son second roman Ce refrain qui te plait où elle dépeint son parcours avec son fils atteint de schizophrénie.
Bonjour Nadège, vos romans donnent la parole à des personnages que l’on rencontre encore trop peu en littérature. Est-ce une manière, pour vous, de rendre visibles ou réparer des vies souvent oubliées ?
Oui, donner de la visibilité, autant que je le peux, et ne pas laisser certains faits ni certaines violences tomber dans l’oubli ou l’impunité, c’est important pour moi. En revanche, je ne suis pas certaine que l’écriture puisse véritablement réparer. Mais il y a quelque chose qui rend les choses plus supportables dans le geste d’écrire, puis aujourd’hui dans le fait de rendre ces histoires publiques.
Dans vos romans, vos héroïnes viennent d’un milieu social défavorisé, est-ce que vos histoires pourraient se tenir dans un autre contexte social ?
Ce qui caractérise le milieu social de mes deux héroïnes, c’est la précarité et la difficulté matérielle. Donc ça pourrait se passer dans un autre milieu social, mais il ne se manifesterait pas de la même manière. Les personnes dans une position sociale dominante ne seraient pas attaquées de la même façon par la vie.
Avec Ce refrain qui te plaît, vous abordez la santé mentale à travers le regard d’une mère. Qu’aimeriez-vous que les lectrices et les lecteurs gardent de ce roman ?
D’abord je les remercie ! J’aimerais que les personnes qui ont lu ce livre y aient pris du plaisir à certains égards et aient pu rire. Et, parallèlement, pour l’aspect plus grave du texte, j’aimerais que cela puisse les inviter à se dire qu’elles ne sont pas seules, même si ces situations ont l’air, comme ça, extraordinairement tragiques. Et surtout, j’aimerais que ces personnes puissent se dire qu’elles ne sont pas responsables de cette maladie qui s’abat sur elles et sur leurs proches.
Vous êtes éducatrice spécialisée. En quoi ce métier influence-t-il votre regard sur les autres et votre manière d’écrire ?
Ce métier m’a donné une sensibilité que beaucoup ne développent pas. Il nous force à faire preuve de générosité, à déplacer le regard de soi vers l’autre, vers les êtres les plus vulnérables, et c’est un exercice. Je dis bien un exercice parce que ce n’est pas toujours facile. J’aime être du côté de ces individus que trop peu considèrent.
Vous viendrez rencontrer les lecteurs en médiathèque. Quel sens cela a-t-il pour vous ?
La médiathèque représente quelque chose de très important pour moi. C’est un lieu de service public, un lieu accessible, notamment pour les personnes qui n’ont pas forcément les moyens d’acheter beaucoup de livres.
Quelles œuvres ont marqué votre parcours de lectrice et d’autrice ?
Mes inspirations évoluent beaucoup. J’ai beaucoup écouté Renaud et, plus largement, certains artistes de la chanson française. Leurs textes m’ont accompagné et m’ont aidé à ne pas m’écrouler. Pour l’écriture de mes romans, j’ai relu certains livres de Delphine de Vigan : Rien ne s’oppose à la nuit pour Mon petit, puis Jours sans faim, Les Heures souterraines et No et moi pour Ce refrain qui te plaît.
Nadège Erika sera présente à la médiathèque Jean-Pierre Vernant pour une rencontre croisée avec Dounia Hadni.