Rubberband

Davis, Miles (1926-1991)
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Lien vers l'oeuvre

Notre avis

Le disque que nous n’attendions plus est enfin sorti en 2019, grâce en partie au neveu du compositeur Vince Wilburn Jr. et surtout aux producteurs à l’origine du projet de 1985, Randy Hall et Attala Zane Giles. Car Rubberband vient de loin. Miles Davis venait de rompre avec le label Columbia pour lequel il avait enregistré quelques chefs-d’œuvre de l’histoire du jazz. Il signe avec Warner et entre en studio entre octobre 1985 et janvier 1986. Rubberband devait logiquement devenir le successeur de You’re Under Arrest (Columbia, 1985), mais il en a été autrement. En effet, à la grande surprise du trompettiste, les onze titres sont remisés. Commence alors l’aventure de Tutu qui sera finalement le nouvel album de Miles à voir le jour.


Le Rubberband que nous connaissons aujourd’hui est le fruit d’un travail de production qui a redonné du lustre à un album jugé un peu daté par l’équipe qui a fait renaître le projet. A l’arrivée, le disque sonne comme s’il avait été enregistré à notre époque et, même si ce procédé peut agacer les puristes, il faut reconnaître qu’il se situe dans la filiation de Miles. Le musicien, qui a toujours été un visionnaire, a toujours voulu aller de l’avant, s’est toujours entouré de musiciens plus jeunes que lui, n’en aurait certainement pas renié la démarche. Et il faut bien avouer que Rubberband accueille des titres d’une grande efficacité. Une chose est sûre, on ne s’ennuie jamais avec Miles Davis, et cet album, dont la pochette nous montre le talent pictural du musicien, est un concentré de titres groovy à l’atmosphère joyeuse.


Le titre Rubberband of Life évoque le trip-hop, et accueille la délicieuse voix de Ledisi. On a déjà commencé à taper du pied. This is It nous téléporte au cœur des années 80 : nappes de synthétiseurs, guitare aiguë en distorsion, batterie bien présente, basse-synthé tous les ingrédients sont bien là pour nous offrir une bouffée de nostalgie. C’est alors qu’intervient Paradise introduit par la voix abîmée de Miles et qui, adoptant une couleur latino, nous entraîne dans la danse. Et ce ne sont pas les cocottes de Give it Up qui vont nous faire rassoir. Ce funk endiablé est une nouvelle réussite. Sur le titre Maze, basse et guitare déroulent un tapis groove à souhait pour que la trompette puisse couler son solo. Carnival of Time est l’un de sommet du disque. Trompette et synthé se répondent avant que ne démarre un thème addictif, et le morceau se poursuit en festival funk. On retrouve ensuite la très belle ballade R’n’B intitulée So Emotional sur laquelle la voix de Lalah Hathaway se coule à merveille. Randy Hall pose son timbre sur I Love What We Make Together, porté par les chœurs et les cuivres dans la grande tradition américaine. Sur ce titre soul entêtant, la trompette de Miles tient quant à elle le contrechant et intervient en solo, toujours dans le mood. See I See est un instrumental rebondissant qui peut évoquer l’album Tutu. Sur un merveilleux arrangement empli de synthés, avec percussions, guitare Wah-wah et basse dansante, le trompettiste déploie sa sonorité emblématique et c’est magnifique. Un morceau de plus de neuf minutes arrive ensuite, Echoes in Time/The Wrinkle. Son introduction dispensable au son de synthétiseur daté est suivie par un nouveau passage au groove assumé. Basse claquante, guitare en cocottes, interventions minimalistes de la trompette, la formule est éprouvée et c’est peut-être le morceau de trop sur cet album. A réserver aux amateurs du genre. C’est enfin Rubberband qui clôt le disque. Un univers qui évoque Prince et qui comme So What à son époque, oscille entre deux accords distants d’un demi-ton. Au milieu du morceau on apprécie le superbe solo de Mike Stern, guitariste qui n’intervient que sur ce titre. Et puis on se prend à entonner avec Miles la rengaine « Rubberband, Rubberband, Rubberband ».


Pour les amateurs de Miles Davis, la sortie de cet album est une aubaine. Si certains puristes peuvent ne pas adhérer à ce « nouvel » opus, gageons qu’il saura conquérir en échange un public qui n’a pas connu le trompettiste de son vivant.