La hantise

Toussaint, Jean-Philippe (1957-....)
Public :
Ados/Adultes
Lien vers l'oeuvre

Résumé

"Tu y es pour quelque chose ? Oui, dis-je à voix basse. Oui, j'y étais pour quelque chose, mais je ne pouvais pas lui en dire plus, je ne pouvais pas donner de détails, je ne pouvais rien dire, pour me protéger moi, pour la protéger elle, pour protéger le journaliste avec qui je travaillais. Dans ma situation, je devais me taire, c'était la seule option, la meilleure garantie de sécurité pour ceux qui m'entouraient. Parler, dire la moindre chose, présentait trop de risques".

Notre avis

Jean-Philippe Toussaint nous subjugue de nouveau avec son pouvoir d’alchimiste. On retrouve en effet avec bonheur son incroyable faculté à transformer le moindre détail en littérature, comme il avait su si bien le faire avec son récit documentaire Made in China. Avec La hantise, qui se déroule en grande partie dans le quartier européen de Bruxelles et qui pourrait sembler rébarbatif de par son sujet, l’auteur nous emporte au contraire dans une enquête passionnante et haletante.


Preuve en est l’épisode du rendez-vous au Berlaymont, particulièrement jouissif pour quiconque est attaché au style. C’est avec ce genre de passage que l’on fait toute la différence entre un écrivain et un auteur. Dans cette séquence, Toussaint parvient à nous faire ressentir tout le malaise éprouvé par le narrateur.


La hantise est un livre aux influences hitchcockiennes (La mort aux trousses, Les enchaînés), que l’on peut déceler dans certaines scènes, comme par exemple celle de l’appartement de Yolanda Paul vu de l’extérieur, ou celle, tout aussi emblématique, de la réunion à l’hôtel De Witte Zwaan. Nous pouvons également apprécier dans le récit le recours au MacGuffin.


Roman d’espionnage singulier, tout en décalage, La hantise n’est point dépourvu d’humour. Il offre de beaux moments de suspense, mais à la manière de Toussaint. L’auteur plonge le lecteur dans les angoisses du narrateur à travers un récit à pas feutrés, où l’inquiétude naît autant des silences que des poursuites. Jean-Philippe Toussaint intègre aussi une histoire d’amour dont il a le secret, traitée avec le plus grand sérieux. C’est ainsi que quelques-unes des belles pages du livre mettent en scène la relation entre Jean Detrez et Yolanda Paul. Et nous lecteurs, ressentons toujours la même délectation à la lecture de ces passages.


Si les deux livres précédents du cycle de Bruxelles nous avez laissés en suspens, cette fois-ci la trilogie se clôt. Et ce dernier volume s’accompagne d’une dimension intime forte : alors que le narrateur vient de perdre son père, ancien membre de la Commission européenne, le deuil paternel hante tout le roman et se mêle intimement à l’intrigue d’espionnage. Récit situé en 2016, année du Brexit et de l’élection de Donald Trump, deux événements majeurs qui ont ébranlé l’Europe, La hantisse met en scène deux personnages humanistes, profondément attachés à la cause européenne.


La Hantise confirme la place singulière de Toussaint dans le paysage littéraire contemporain. Entre polar européen, enquête intime et plongée dans le contexte politique de l’époque, le roman dessine une Europe en crise à travers des personnages dont les doutes et les attachements résonnent bien au‑delà de la fiction.