La série Octopath Traveler
Avant 2003, le mastodonte vidéoludique Square Enix était divisée en deux : Square d’un côté (Final Fantasy) et Enix de l’autre (Dragon Quest). Deux géants nippons qui ont considérablement marqué le jeu vidéo et qui continuent encore aujourd’hui à le faire grâce à des licences comme Nier, Kingdom Hearts ou Bravely Default. Alors, quand sort en 2018 le nouveau projet intitulé Octopath Traveler, que fallait-il attendre de la société japonaise ?
Octopath Traveler
L’action d’Octopath Traveler – premier du nom – se déroule sur le continent d’Osterra, terre aux multiples biomes allant de la neige au nord au désert du sud en passant par des forêts, rives et plaines. C’est ici que le joueur devra faire son premier choix et choisir qui sera le premier protagoniste : Ophilia la clerc, Cyrus le mage, Tressa la marchande, Olberic le guerrier, Primrose la danseuse, Alfyn l’apothicaire, Therion le voleur et H’aanit la chasseuse. Ce choix est avant tout symbolique car le jeu vous pousse à partir à la rencontre des autres aventuriers.
Chacun d’entre eux a une histoire. Par exemple, Cyrus est à la recherche d’un livre ancien, prétexte pour aiguiser sa curiosité scientifique tout en évitant un scandale malencontreux dans sa ville. Primrose, elle, cherche à se venger des trois assassins de son père. Chaque personnage a droit à une succession de chapitre formant sa propre trame narrative, qu’il est difficile de faire d’une traite, car c’est ici qu’intervient la mécanique du jeu. Dans la plus pure tradition des RPG, vous allez devoir monter en niveau puisque chaque chapitre a un niveau recommandé (tous étant crescendo). De plus, si huit personnages sont jouables, seulement quatre peuvent intégrer le groupe actif. Il faudra donc jongler entre les personnages pour faire différentes combinaisons, les maintenir au niveau, et continuer les différentes histoires. Tout au mieux, il est possible d’enchainer deux chapitres, mais le jeu vous encourage à découvrir petit à petit les différentes trames, menant ainsi au grand final de chaque personnage.
Si les différents scenarii représentent le point positif dans la narration, d’autres viennent compléter la longue liste : la HD-2D, style novateur reprenant les codes graphiques des RPG des années 80/90 mis au goût du jour (notamment avec un jeu de lumière aux petits oignons) ; les musiques ; le système de combat et la durée de vie (comptez une bonne soixantaine d’heures, voire plus si vous voulez tout finir). S’il fallait citer une ombre au tableau (et ce sera un peu un modus operandi de la série), les interactions entre les personnages sont faibles. Les différentes trames ne mettent qu’en avant le personnage principal et ceux qui vous accompagnent ne sont que des faire-valoir pour le combat. Tout au mieux, ils existent des échanges dans les tavernes et pendant un chapitre, mais pas de quoi donner une réelle profondeur. Quant au post-game, les personnages sont réduits au silence. Néanmoins, le jeu regorge de qualités et sert d’excellente introduction à la série !
Octopath Traveler II
Sortie cinq ans plus tard, Octopath Traveler II reprend la même colonne vertébrale que son aîné : huit personnages, même système de combat, HD-2D, musique incroyable et dialogues entre personnages quasi inexistants. Une fois de plus, le joueur peut choisir un personnage « principal » puis devra partir à la recherche des autres. Les scenarii sont à nouveau variés : Agnea la danseuse souhaite mettre à profit ses talents pour enjouer les gens, là où Osvald, emprisonné, cherche à se venger de l’homme qui l’a trahi et qui a tué sa femme et sa fille. À différents niveaux, les trames semblent un peu plus sombres que dans le premier jeu.
Le jeu s’octroie quelques nouveautés par rapport au premier opus. Tout d’abord, un système jour/nuit qui a des importances sur les combats (des ennemis différents), mais surtout au niveau des actions. Comme pour le premier opus, chaque personnage a une capacité active à utiliser hors-combat (pour interroger, voler ou combattre des PNJ), mais elle sera différente selon le module jour ou nuit, vous obligeant à l’utiliser au bon moment lors des quêtes ou des trames narratives. Le jeu change aussi de registre : exit le Moyen Âge du premier opus, vous voici dans un XVIIIe/XIXe siècle factice.
Enfin, le jeu semble avoir un peu appris des erreurs du premier opus concernant les relations. Si, dans le premier, les histoires individuelles étaient reliées par le post-game, elles le sont moins ici. Toutefois, le post-game de ce jeu permet dans un premier temps de suivre d’autres histoires en duo, renforçant l’aspect voyage et relations entre les personnages, qui amènent vers un post-game ou chacun peut parler et donne du poids sur le vécu de l’aventure et les missions passées ensemble. Même si tout n’est pas parfait (les trames sont encore vécues par le personnage qui est concerné), le jeu propose quelque chose de mieux. Cerise sur le gâteau, il n’est pas nécessaire de jouer au premier opus pour découvrir le deuxième. Si vous voulez une version plus aboutie, vous pouvez commencer par ce jeu !
Octopath Traveler 0
Il n’aura fallu que deux ans pour que le dernier opus de la série soit édité. Un épisode en grande pompe, et sans aucun doute le plus dense de la série.
Cette fois-ci, les cartes sont redistribuées. Mais pour comprendre cela, il faut parler d’Octopath Traveler : Champion of the Continent, un jeu édité sur mobile. Faisant acte d’épisode non officiel à la série, le joueur pouvait créer un avatar et partir à l’aventure en recrutant plusieurs autres personnages pour combattre trois antagonistes. Ce jeu sert de base à l’opus qui nous intéresse ici : cette fois, vous créez votre personnage en lui octroyant quelques bonus ainsi qu’une classe (parmi les huit iconiques de la série). Le jeu est cette fois-ci plus linéaire car l’histoire se base sur votre personnage, promis à une grande destinée.
Tout commence à Wishvale, votre village, qui disparaitra sous les flammes, provoquées par trois antagonistes (les mêmes que Champion of the Continent). La première partie s’axe sur la vengeance, tout en récupérant des anneaux de pouvoirs portés par les méchants. Puis vient la deuxième partie, où il faudra mettre un terme aux agissements d’un roi corrompu ne cherchant que la guerre, la gloire et la conquête. Puis vient la troisième partie, reprenant les principaux thèmes de la première partie (richesse, gloire et pouvoir), qui amène ensuite à la quatrième et dernière partie. D’autant que chaque partie est entrecoupée, linéairement, de chapitres. Vous trouvez ça long ? C’est normal. Octopath Traveler I se contentaient de 32 chapitres pour sa trame principal. Pour le 2, on passe à 34, voire 43 en prenant en compte les histoires croisées et la fin véritable. Pour 0, il faut compter 42 chapitres pour finir l’histoire principale et même 5 de plus (soit 47) en comptant la mission secondaire principale. Finir l’histoire principale de cet opus est donc plus long par rapport à ses aînés, ce qui en fait son point fort et son point faible : l’histoire est dense, extrêmement dense, mais il faut l’interpréter comme une fresque épique. De ce fait, en terminant l’histoire, l’impact émotionnel est tel que la satisfaction de clore l’histoire nous pousse au soulagement en laissant les personnages partir.
Cette nouvelle façon d’appréhender le scénario s’accompagne de beaucoup de changements : le personnage principal concentre à lui seul toutes les classes et toutes les capacités hors combat des personnages. Les autres personnages à recruter sont plus nombreux (36) et le système de combat est légèrement modifié, permettant de jouer avec un groupe de 8, laissant place à plus de stratégie. Même le doublage n’est pas en reste puisque tous les principaux dialogues sont doublés, là où une poignée seulement l’était pour les deux précédents opus. Le seul et gros défaut du jeu est qu’il est exclusivement en anglais (et on ne sait toujours pas pourquoi). À nouveau, il peut se jouer seul mais il est recommandé d’avoir joué aux deux autres ou au moins, de faire le 1 ensuite.
Un aperçu musical
Avant de clore cet article, il est impossible de parler de Square Enix sans évoquer leurs compositions. Octopath n’y fait pas défaut et jouit d’une bande son des plus belles de ces dernières années. Voici une petite sélection :
Octopath Traveler I : Gate of Finnis
Octopath Traveler II : Night opening
Octopath Traveler 0 : The uncharted Isle of Orsa
Octopath Traveler 0 : Hell : Hornburg Serene