Les brebis égarées

Cash, Madeline
Public :
Ados/Adultes
Lien vers l'oeuvre

Résumé

Les Flynn incarnent le modèle parfait : un père travaillant pour le milliardaire Alabaster, une mère artiste à ses heures, trois filles adolescentes pleines de vie, un pavillon confortable et une fréquentation assidue de l'église. Mais la réalité est un peu moins belle. La mère tente de sauver son mariage en s'essayant au couple libre, tandis que le père dort dans le garage et trouve refuge dans un groupe d'entraide très singulier, les Brebis égarées. La famille implose et les filles s'éparpillent : fréquentations louches, exclusion scolaire et thèses complotistes - voilà leur quotidien. Lorsque Harper, la benjamine des Flynn, découvre des informations compromettantes sur Alabaster, elle entraîne bien malgré elle sa famille au coeur d'une conspiration. Un roman sur la crise morale de l'Amérique contemporaine, porté par une voix emblématique de la génération Z.

Notre avis

Avec Les brebis égarées, Madeline Cash s’attaque au modèle de la famille américaine moyenne pour mieux le faire exploser. Maison de banlieue, couple en crise, trois filles scolarisées dans des établissements paroissiaux, rien ne tient chez les Flynn. L’aînée tombe amoureuse d’un ancien mercenaire, la fille du milieu aimerait tant exister qu’elle se laisse entraîner dans le terrorisme par un pseudo-amoureux virtuel. Quant à la benjamine, surdouée et intraitable, elle est envoyée dans un camp de rééducation. Lorsque cette dernière découvre des informations compromettantes sur le milliardaire Paul Alabaster, la crise familiale bascule dans la conspiration délirante.

Autour de ce noyau gravitent des personnages tout aussi dérangés. On croise un voisin inquiétant, une sacristine dont la vie bascule, un agent secret et un milliardaire aux projets démesurés. Madeline Cash multiplie les figures décalées et les situations improbables, sans jamais perdre de vue ce qu’elles disent de la société. Derrière la fantaisie et l’outrance, le roman analyse les mécanismes de l’autorité, de la religion, du capitalisme et de la famille.

Ce premier roman n’est peut-être pas de la « grande littérature », et ce n’est d’ailleurs pas son ambition, mais son style percutant et son rythme soutenu privilégient l’efficacité, l’énergie et le plaisir de lecture. L’écriture est portée tout au long du roman par un véritable sens de la répartie et l’auteure s’amuse aussi avec le sens des mots et des situations, révélant l’absurdité de ce qui nous semble d’abord normal, ou du moins familier.

À la fois déjanté, immoral, légèrement policier et profondément sociologique, Les brebis égarées est surtout un roman réjouissant, qui dynamite les apparences et insuffle à ses personnages une véritable humanité.

Le dernier chapitre donne à cette dimension humaine une expression particulièrement touchante. Sans recourir à une fin mielleuse ni aux bons sentiments, Madeline Cash y fait naître une délicate leçon de vivre ensemble, décrite avec naturel et sincérité. Cette conclusion, à la fois simple et émouvante, ne neutralise pas la férocité du roman mais lui apporte plutôt une profondeur inattendue.