Episode 2 : La déchéance et la renaissance
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La reconnaissance

En mai 1949, Miles est à Paris pour se produire au festival de jazz. Cet évènement est un moment majeur dans le retour du jazz après la seconde guerre mondiale en Europe. L’affiche propose des grands noms comme Sidney Bechet et Django Reinhardt, mais sont invités également les musiciens de la jeune garde qui va emmener le mouvement be-bop sur le devant de la scène.
Pour Miles Davis, qui s’y produit avec le quintet de Tadd Dameron, c’est le premier voyage en France. Il rencontre un franc succès, découvre une ville où la ségrégation qu’il subit aux Etats-Unis semble effacée et fait connaissance avec quelques figures du milieu artistique et intellectuel local.
Il croise Boris Vian, Pablo Picasso, Jean-Paul Sartre et Juliette Gréco avec qui il entame une relation qui durera plusieurs années.
Pour le jeune musicien, c’est un moment d’euphorie et de plénitude.
La chute
Pourtant, de retour à New York, le voilà démuni car il se retrouve sans engagement et dans l’incapacité de monter un groupe. Miné par l’ennui, il fini par tomber dans l’héroïne et s’engouffre dans une période sombre qui durera quatre ans. Il quitte alors New York et rejoint son épouse avec qui il a son troisième enfant. Vivotant dans un état dépressif, il est malgré tout sollicité par le directeur du label Prestige.
Cela l’incite à se remettre sur pied et il signe un contrat avec la maison de disque. Il enregistre ses premiers titres en tant que leader que le label va publier en plusieurs albums. Parmi eux, The New Sounds (1951), Blue Period (1953), et Dig (1956). Le format des disques étant passé au 33 tours, les durées se font moins contraintes et Miles Davis peut laisser libre cours à son imagination et enregistrer des plages plus longues.



Cependant, durant toute cette période, il reste accro à la drogue, ce qui lui vaut des problèmes d’argent et l’entraîne dans la délinquance. Afin d’éviter New York et ses tentations, il retourne chez son père et entame une période de cure. Désintoxiqué, il peut rejoindre la capitale du jazz en 1954 et donner un nouveau tournant à sa carrière.
Le rebond
Fasciné par la musique d’Ahmad Jamal qui a su inventer un jeu nouveau, Miles se lance dans de nouvelle expérience et se met à utiliser une sourdine Harmon sur sa trompette. Ainsi né le son auquel on associe souvent Davis. Une nouvelle série d’albums publiés sur le label Prestige voient le jour, parmi lesquels Miles Davis with Sonny Rollins (1954), Blue Haze (1956), Bags' Groove (1957), Miles Davis and the Modern Jazz Giants (1959) et Walkin' qui, sorti en 1957, est considéré comme le manifeste du hard bop.

L’affiche du célèbre festival de Newport accueille en 1955 le jeune Miles Davis qui livre avec ses musiciens une performance de premier plan. Repéré par le producteur George Avakian à cette occasion, ayant fait très forte impression avec un solo mémorable sur le 'Round Midnight de Thelonious Monk, le trompettiste est engagé pour signer un contrat juteux avec le label Columbia. Avakian l’incite à former un quintette qui va, en deux sessions, créer la matière pour nourrir quatre futurs albums qui seront publiés par Prestige avec qui Miles signe un nouveau contrat, en parallèle de celui concrétisé avec Columbia.
C’est ainsi que Davis, en compagnie de John Coltrane au saxophone (car Sonny Rollins auquel avait d’abord pensé Miles était introuvable), Red Garland au piano, Paul Chambers à la contrebasse et Philly Joe Jones à la batterie donnent naissance aux fameux Miles (1956), Cookin' with the Miles Davis Quintet (1957), Relaxin' with the Miles Davis Quintet (1958), Workin' with the Miles Davis Quintet (1960) et Steamin' with the Miles Davis Quintet (1961). Le premier quintet de Miles Davis est né, constitué de musiciens géniaux qui donnent un nouveau souffle au jazz.
Le sacre
En 1957, deux enregistrements marquent un virage de plus dans sa riche carrière.

Tout d’abord, l’album ‘Round About Midnight, le premier chez Columbia, est un disque majeur qui documente la quintessence du quartet. Enregistré lors de trois sessions en 1955 et 1956, illustré par la mystérieuse photo de Marvin Koner qui donne le ton de ce disque chaleureux et brillant, le son emblématique de la trompette bouchée traverse l’album et lui donne une pâte envoutante. Avec l’une des plus grande version du classique de Monk en ouverture, le ton est donné. Suit une interprétation enlevée du Ah-Leu-Cha de Charlie Parker, puis All of You nous emmène dans une délicieuse promenade. La ballade Bye Bye Blackbird, Tadd’s Delight nous propose un swing tout en délicatesse avant que Dear Old Stockholm ne vienne clore à merveille le disque. Nous sommes encore dans le bop mais on sent que quelque chose va changer.

Et en effet, le jazz de Miles Davis se fait plus épuré quand il accepte la proposition de de Louis Malle de créer la musique de son nouveau film, Ascenseur pour l’échafaud (1958). Interprétée en direct devant les images du film, la bande son devient presque un personnage à part entière. Accompagné par Barney Wilen au saxophone ténor, Kenny Clarke à la batterie, mais aussi les musiciens français René Urtreger au piano et Pierre Michelot à la contrebasse, Miles Davis fait traîner les sons, crée des ambiances et emporte les spectateurs avec lui. Une réussite de dialogue entre les images et la musique.

Miles est désormais reconnu à sa juste valeur. De retour à New York, il invite Cannonball Adderley à rejoindre son quintet afin d'enregistrer le formidable Milestone. Dans ce disque, la complémentarité des deux saxophonistes fait mouche. Le trompettiste livre deux superbes compositions (Sid’s Ahead et Milstone). Sur la première, il nous offre un solo nonchalant très inspiré avant que Trane ne nous propose un numéro de funambuliste. Avec Milestone, un thème constitué de quelques notes en staccato sur un accord, puis d’autres en legato sur un second accord, qui amène vers des improvisations d’un nouveau genre. Nous voici plongé dans l’univers du jazz modal. N’oublions pas de mentionner le tourbillon que constitue Billy Boy, un traditionnel arrangé par Ahmad Jamal et qui nous présente un Red Garland en fusion. Le chant du cygne de ce pianiste qui quittera le quintet pour vivre d’autres aventures. Décidément, rien à jeter dans ce disque.

Quelques jours après l’enregistrement de Milestones, Miles Davis est invité par Cannonball Adderley à participer à l’enregistrement de son disque Somethin’ Else. Une fois n’est pas coutume, Miles se retrouve en sideman pour illuminer un album qui, lui aussi, fera date dans l’histoire du jazz.
Miles Davis est maintenant au sommet mais, bien qu’il ait expérimenté plusieurs formes, sons et styles jusqu’ici, il souhaite de nouveau se renouveler.
Vers le troisième épisode de la Saga Miles Davis








