Episode 5 : La rechute, la gloire et la fin
Vous êtes sur la page du cinquième et dernier épisode de la Saga Miles Davis.
Toucher le fond
On the Corner est le dernier album studio du compositeur avant son retrait en 1976. En octobre 1972, Miles qui aime les belles voitures et la vitesse, a un accident et se casse les deux chevilles. Il est de plus atteint d’une maladie qui le fait souffrir. S’il continue d’enregistrer quelques titres et de faire des concerts, sa santé se dégrade de plus en plus. Il recommence à se droguer, il boit, et finit par s’enfermer dans sa demeure New-yorkaise.
Totalement accro à l’héroïne et à la cocaïne, Miles vit dans la déchéance et la luxure, empruntant une pente inéluctable. Heureusement, sa sœur et son ancienne compagne Cisely Tyson interviennent et entreprennent de le sauver. Cisely le met au régime drastique à base de légumes et d’infusions, l’emmène à la piscine. Elle réussit à lui faire surmonter son addiction à la cocaïne et à lui redonner de l’enthousiasme pour la musique. Miles et Cisely se marient en 1981.
Renaître une dernière fois
Après plusieurs années d’absence, Miles Davis revient sur scène en 1981. Il cherche à savoir qui sont les jeunes talents du moment. Il rencontre Mino Cinelu, Mike Stern et surtout Marcus Miller. Avec son nouveau groupe, il joue dans un club de Boston afin de se rôder et préparer son retour. Le disque We Want Miles témoigne de ces moments.
En juillet sort enfin un nouvel album. Intitulé The man with the Horn, celui-ci fait écho à une disque du trompettiste paru en 1952 (Young Man with a Horn). Sur le titre qui donne le nom à l’album, Miles Davis utilise la Wah-wah, mais pour le reste il revient à un jeu traditionnel. Toujours de son temps, le musicien est influencé par la pop, le rock qu’il mélange avec le funk.
Miles est de retour et c’est la consécration. Il devient une star mondiale et joue désormais dans des grandes salles et des stades. Les médias le mettent en avant, le public est au rendez-vous. Si Miles n’a plus le niveau des années passées, une nouvelle manière d’aborder la musique va lui permettre de poser son instrument sur des musiques plus commerciales, surfant sur l’air du temps, jouant du Michael Jackson, du Prince ou du Cindy Lauper. C'est ce que nous propose l'album You're Under Arrest, sorti en 1985.
Pour la cause noire
On le sait, les origines africaines de Miles Davis sont ancrées au plus profond de sa personne. Le musicien, qui avait été victime de ségrégation et subit une agression gratuite par un policier à la pause d’un concert en août 1959, a gardé en lui un besoin de revendication. En 1986, il a une nouvelle fois l’occasion de mettre en avant un personnage marquant de la cause noire, Desmond Tutu. Cet archevêque anglican sud-africain noir fut lauréat du prix Nobel de la paix en 1984. Sur cet album composé par l’acolyte Marcus Miller, se trouve un morceau intitulé Full Neslon en hommage à Neslon Mandela. Car les musiciens souhaitent rendre hommage à la cause des opposants au régime de l’apartheid en Afrique du Sud. La pochette de Tutu montre un portrait rapproché de Miles Davis assumant la couleur de sa peau. Ce portrait est signé par le grand photographe Irving Penn.
Si Davis a reçu le Grammy Award de la meilleure performance instrumentale jazz en 1986. C’est Marcus Miller qui a écrit la plupart des titres de Tutu (à l’exception de Tomaas, Backyard Ritual et Perfect Way) et qui en a effectué tous les arrangements. Tutu est un disque très produit, sur lequel les synthétiseurs et les boîtes à rythmes ont la part belle. La basse de Miller joue un rôle prédominant et donne une couleur chatoyante à l’album. Outre son instrument de prédilection, le bassiste joue de la majorité des instruments présents. Au-delà de la production très années 80 et du pendant commercial, Tutu demeure un sommet du genre et nous présente un Miles Davis toujours inspiré. Il n’y a qu’à écouter le morceau qui donne son nom à l’album, ou bien le très poétique Portia, pour se laisser emporter par les sortilèges de ce cocktail novateur et exigeant.
En 1989, avec l’album Amandla, dont le titre évoque le cri de ralliement des opposants au régime de l’apartheid, Miles fait de nouveau référence à l’Afrique. La pochette montre un portrait du trompettiste sur fond de carte du continent, le premier titre porte le nom d’un cocktail servi au Mozambique et en Angola. Et cette fois-ci, en bon fan de Kassav’, Davis convoque le zouk pour agrémenter sa recette de fusion entre le jazz et le funk. Il s’agit de la troisième et dernière collaboration avec Marcus Miller (il y avait eu entre temps la bande originale du film Siesta de Mary Lambert). Le bassiste est toujours très présent dans la conception ainsi que dans l’interprétation. Sur Amandla, on trouve un grand nombre de musiciens parmi lesquels un nouveau saxophoniste fait son apparition, Kenny Garrett. Celui-ci deviendra un musicien incontournable par la suite. Le bassiste mythique Jaco Pastorius étant décédé en 1987, il est honoré avec le titre Mr. Pastorius sur lequel on retrouve le vieux compagnon de route Al Foster à la batterie et où Marcus Miller se fait plus mélodiste que jamais. Moins novateur que Tutu, plus inégal, Amandla n’en demeure pas moins un bon disque.
La fin de carrière, la disparition et la résurrection
En 1991, la santé de Miles Davis décline de nouveau. A la fin de sa vie, il donnera néanmoins quelques concerts dont un à Montreux, le 8 juillet, avec l’orchestre de Quincy Jones où, pour la première fois, il retourne à son ancien répertoire, signe prémonitoire d’une fin proche.
Avant cela, le trompettiste avait pu commencer à travailler sur un nouveau projet, allant toujours de l’avant, pour lequel il intégrait le hip-hop. En compagnie du producteur Easy Mo Bee, Miles Davis souhaitait enregistrer un disque où il pouvait mettre en musique les sons de la rue qu’il entendait de chez lui en ouvrant les fenêtres. Ce disque inachevé, archétype du nu jazz, a été publié post-mortem sous le nom de Doo-Bop, comme une contraction des styles doo-wop et be-bop. Il a rencontré un succès commercial mais les critiques ont été défavorable. Il n’en reste pas moins que, jusqu’à son dernier opus, Miles Davis aura su intégrer les innovations de son époque.
Miles Davis meurt le 28 septembre 1991 à l’âge de 65 ans. Malgré une vie à cent à l’heure, faite de création et d’excès, il aura traversé plusieurs décennies, renaissant tel un phœnix quand on le pensait perdu. Il laisse derrière lui une œuvre conséquente, majeure. Son empreinte sur les générations qui lui survivent demeure indélébile.
En 2019 paraît l’album Rubberband, fruit de sessions retrouvées datant de 1985 et 1986. Des extraits du morceau Give it Up avait été utilisés pour un titre de l’album Doo-Bop. Sur le disque, Miles joue de la trompette mais aussi des claviers. Rubberband a reçu un bon accueil à sa sortie et il faut avouer que l’arrivée de cet album fut une excellente surprise. Aux enregistrements originels réalisés par Miles et une certain nombre de musiciens, dont Mike Stern qui joue un excellent solo sur Rubberband, ont été ajoutées des interventions contemporaines à la sortie du disque. Le résultat est à la hauteur de l’enjeu. On se retrouve avec une fusion de jazz, de funk, de rythmes latinos et de hip-hop, dans l’esprit de ce que Miles adorait faire. Si tous les titres ne sont pas des chefs-d’œuvre, certains sont superbes et le niveau de jeu et de production sont excellents. Bref, un disque dans l’air du temps.
Totalement accro à l’héroïne et à la cocaïne, Miles vit dans la déchéance et la luxure, empruntant une pente inéluctable. Heureusement, sa sœur et son ancienne compagne Cisely Tyson interviennent et entreprennent de le sauver. Cisely le met au régime drastique à base de légumes et d’infusions, l’emmène à la piscine. Elle réussit à lui faire surmonter son addiction à la cocaïne et à lui redonner de l’enthousiasme pour la musique. Miles et Cisely se marient en 1981.







