Frantz Fanon
Sorti le 2 avril 2025, le film biographique Fanon, réalisé par Jean-Claude Barry, met en lumière le célèbre psychiatre martiniquais Frantz Fanon, encore méconnu du grand public mais aujourd’hui enfin mis à l’honneur.
Son œuvre, à la croisée du politique, du psychique et du culturel, reste difficile à résumer, mais cette adaptation parvient à proposer une lecture suffisamment vive et intelligible pour nourrir la réflexion.
Né le 20 juillet 1925 à Fort-de-France, en Martinique, Frantz Fanon est surtout connu pour Les Damnés de la terre et Peau noire, masques blancs. En partant de sa propre expérience d’homme noir martiniquais, Fanon découvre, en arrivant en France, qu’il est considéré comme un citoyen de seconde zone.
Doucement, comme on parle à un enfant, on me révéla l’existence d’une certaine opinion qu’adoptaient certaines personnes […] Les scientifiques, après beaucoup de réticences, avaient admis que le nègre était un être humain.
Frantz Fanon
Invisibilisé depuis de nombreuses années en France, il a néanmoins été salué par certains mouvements intellectuels et politiques internationaux. D’abord rédigé comme une thèse universitaire, Peau noire, masques blancs reflète les tensions personnelles de Fanon, pris entre une formation européenne et le besoin de se détacher des rôles sociaux imposés. Il y interroge la construction identitaire et refuse de se définir uniquement à travers l’héritage de l’esclavage. Il souligne la multiplicité des formes que peut prendre le racisme selon les histoires nationales. Le livre ne condamne pas, mais tente de repenser la condition humaine à travers ce qu’il appelle un « nouvel humanisme ».
Dans Les Damnés de la terre, il développe une approche « psychopolitique » de la colonisation, soulignant que la violence ne touche pas seulement les corps, mais aussi les esprits. Il soigne, sans distinction, victimes et bourreaux de la guerre d’Algérie, convaincu que l’oppression coloniale déséquilibre tous ceux qu’elle affecte. L’aliénation, au cœur de sa pensée, enferme le colonisé dans un « complexe d’infériorité » qui entrave son accès à la liberté. Cette lecture, à la fois radicale et profondément humaniste, distingue Fanon de ses contemporains.
C’est cette part cruciale de l’histoire de Frantz Fanon que retrace le film de Jean-Claude Barry (voir la bande annonce)Nouvelle fenêtre : dévoiler les effets dévastateurs de la colonisation algérienne à travers le regard d’un psychiatre noir, citoyen français marginalisé, et dont les idées restent d'une grande actualité.
Le nègre esclave de son infériorité, le Blanc esclave de sa supériorité, se comportent tous deux selon une ligne d’orientation névrotique.
Fanon
Nouvel onglet
En 2020, La bande dessinée Frantz Fanon signée Frédéric Ciriez au scénario et Romain Lamy à l’illustration, prolonge cette approche. L’ouvrage revient sur un épisode peu connu : sa rencontre avec Jean-Paul Sartre quatre mois avant sa mort.
Demandez à Sartre de me préfacer. Dites-lui que chaque fois que je me mets à ma table, je pense à lui. Lui qui écrit des choses si importantes pour notre avenir.
Le roman graphique restitue avec justesse ce week-end de débats intenses, à la fois historiques et chargés d’émotion. L’ouvrage, dense et engagé, aborde des thèmes majeurs : la décolonisation, la psychiatrie, l’identité noire, mais aussi le rôle de l’intellectuel. Cette préface suscite la controverse. Rédigée dans l’urgence, la charge rappelle Terre d’ébène d’Albert Londres, tant par son intensité que par sa visée dénonciatrice. Mobiliser le nom de Sartre est avant tout un levier symbolique destiné à capter l’attention du lecteur blanc. Mais celui-ci est rapidement décentré : le discours ne lui est pas destiné. Cette perte de « privilège » devient alors une clé pour comprendre la condition coloniale.
L’existence précède l’essence.
» Jean-Paul Sartre
Pour prolonger la découverte de Frantz Fanon :
- Frantz Fanon, l’indocileNouvelle fenêtre, série sonore (France Culture)
- Article des Inrockuptibles : 7 cinéastes décoloniaux à découvrirNouvelle fenêtre
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Découvrir Fanon
Découvrir c'est laisser de côté les formules et les simplifications pour se confronter directement aux textes. Sur une autrice, sur un auteur, sur une question, la collection Découvrir présente onze textes, commentés et mis dans leur contexte, proposant au lecteur des pistes pour aller plus loin. Les textes de Frantz Fanon (1925-1961) rassemblés ici explorent ses principaux concepts : racisme, aliénation, colonialisme, violence révolutionnaire... -
Frantz Fanon
Prenant pour prétexte une rencontre avec J.-P. Sartre, à Rome en août 1961, ce roman graphique veut saisir la tragédie personnelle de F. Fanon. Pendant trois jours, Fanon porte la contradiction au philosophe qu'il admire depuis son plus jeune âge, notamment sur la décolonisation. Deux pensées, deux mondes et deux manières d'éprouver l'engagement s'attirent et se repoussent. -
Frantz Fanon : Une vie en révolutions
La vie de Frantz Fanon se lit comme un thriller de la décolonisation et de la guerre froide. Elle est aussi un témoignage essentiel des bouleversements politiques et intellectuels du XXe siècle. Après avoir combattu en Europe et en Afrique du Nord dans les rangs de la France libre, puis suivi à Lyon des études de médecine, Fanon, jeune psychiatre martiniquais charismatique et talentueux, publie à seulement 27 ans Peau noire, masques blancs, ouvrage prophétique qui s'imposera avec le temps comme un irremplaçable classique. Il approfondit son expérience clinique au centre hospitalier de Saint-Alban en Lozère, berceau d'innovations thérapeutiques qui marqueront profondément sa recherche d'une psychiatrie désaliénée au service des humiliés. Cette quête de la désaliénation, il la met à l'épreuve de la situation coloniale lorsqu'il est muté à Blida en Algérie, à la veille de la guerre de libération. Il s'engage alors corps et âme dans le combat anticolonial, d'abord à Tunis où il met ses compétences médicales au service du Front de libération nationale (FLN), dont il devient l'un des porte-parole, puis en tant qu'ambassadeur itinérant du mouvement en Afrique subsaharienne. Fauché par une leucémie foudroyante au moment même où paraît son livre le plus célèbre, Les Damnés de la terre, Fanon meurt le 6 décembre 1961, à l'âge de 36 ans, laissant derrière lui une œuvre qui suscite depuis soixante ans une multitude d'interprétations et d'appropriations créatrices. Servie par la plume élégante d'Adam Shatz, cette biographie politique et intellectuelle s'impose comme un ouvrage de référence. Retraçant avec minutie et délicatesse l'extraordinaire destin de Frantz Fanon, l'auteur montre pourquoi le révolutionnaire martiniquais, dont la pensée entre en résonance avec nos questionnements contemporains les plus brûlants, est aujourd'hui lu et célébré dans le monde entier. -
Frantz Fanon, une vie
En remettant Frantz Fanon dans son temps, en ne cachant aucune de ses contradictions et aucun de ses tâtonnements, en ne négligeant aucune facette de la vie et de la carrière de ce révolutionnaire qui fut aussi psychiatre, David Macey offre de nouvelles clés pour comprendre la fécondité de ses écrits. -
Peau noire, masques blancs
Dans cet essai paru pour la première fois en 1971, l'auteur aborde la question du rapport Noir-Blanc et celle du racisme, qui malgré la décolonisation n'a pas perdu son actualité. Il traite du complexe de dépendance du colonisé, des liens entre le Noir et le langage, entre hommes et femmes blancs et de couleur, entre le nègre et la psychopathologie, le nègre et la reconnaissance, etc. -
Pour la révolution africaine : écrits politiques
Retraçant le fil d'une réflexion en constante évolution sur le phénomène colonial, ces textes de F. Fanon dénoncent à la fois le colonialisme et les pièges de la décolonisation. F. Fanon restait persuadé de la prochaine libération totale de l'Afrique. Son analyse et sa vision nous donnent des clés pour comprendre la réalité africaine actuelle.
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Politiques de l'inimitié
L'auteur s'appuie en partie sur l'oeuvre de Frantz Fanon pour analyser la façon dont les conflits de la décolonisation au XXe siècle, les guerres de conquête et d'occupation, la terreur et la contre-insurrection sont devenus emblématiques de la société contemporaine. Il interroge les rapports entre la violence et la loi, la norme et l'exception, l'état de guerre, de sécurité et de liberté. -
Afropéens : Carnets de voyage au coeur de l'Europe noire
Le premier livre sur l'identité afro européenne ! Comment les Européens d'origine africaine jonglent-ils avec leurs multiples identités ? C'est avec cette question que Johny Pitts, né d'une mère européenne et d'un père afro-américain, parcourt Paris, Bruxelles, Amsterdam, Berlin, Stockholm, Moscou, Marseille, Lisbonne... Dans cette Europe des invisibles, il interroge des Afropéens pour savoir comment ils vivent au quotidien leur double identité - noire et européenne. Son essai fait entendre leurs voix auxquelles s'ajoute celles des écrivains Noirs dont il suit les traces (comme James Baldwin, Frantz Fanon...). Johny Pitts démontre la nécessité de sortir des clichés du " nigga " (l'homme Noir du ghetto) et du " king " (hipster, rappeur, footballeur Noir qui a réussi). Il montre avec brio qui sont les afro-européens d'aujourd'hui et comment ils se forgent de nouvelles identités. Un document inédit, illustré de nombreuses photographies prises par l'auteur, et qui s'inscrit dans un projet plus vaste (www. afropean. com). Ce livre a reçu le Prix Jhalak 2020, un prix prestigieux britannique. -
Décolonisons-nous
Frank Lao a neuf ans lorsque son père décède, victime du scandale du sang contaminé. Une anémie passagère l'a condamné à mort, brisant les rêves de vie meilleure d'un couple de réfugiés nés au Laos, ancien territoire de l'Indochine française. Elevé seul par sa mère, Frank Lao s'interroge : à l'origine de cette tragédie, n'y avait-il qu'une histoire de chance ? A mesure qu'il donne sens à la perte de son père et aux combats quotidiens de sa mère, la douleur se mue en conscience politique. Né français mais invariablement perçu comme chinois, il comprend qu'il lui faut remonter à la source d'un système d'inégalités : la colonisation. A la fois récit sociologique et quête intime, Décolonisons-nous explore la manière dont l'héritage colonial s'incarne dans la société contemporaine. Ségrégation scolaire, inégalités sanitaires, violences policières... Convoquant Frantz Fanon comme MC Solaar, cet essai questionne nos biais et notre histoire collective, rappelant que les populations non-blanches sont avant tout des individualités, aussi variées que fluides, aspirant à la liberté. -
Désaliénation : Politique de la psychiatrie. Tosquelles, Fanon, Guattari, Foucault
Alors que le régime de Vichy laisse mourir les "fous" dans les asiles et que les fascismes prospèrent, se déploie à Saint-Alban (Lozère), autour de François Tosquelles, une expérience absolument originale, qu'on appelle psychothérapie institutionnelle : une pratique indissociablement clinique et politique forgée pour nous garder de toutes les forces "concentrationnaires", par nature aliénantes, et défendre la dimension humaine de la folie. Ce livre passionnant retrace l'histoire intellectuelle du groupe de médecins, psychiatres et penseurs rassemblés dans ce projet par leur insatisfaction vis-à-vis de la psychiatrie dominante et leurs convictions politiques, de l'antifascisme à l'anticolonialisme. De façon très originale, il s'arrête sur quatre de ses figures essentielles : François Tosquelles, Frantz Fanon, Félix Guattari et Michel Foucault, pour explorer la conversation, pas toujours repérable, qui s'est développée entre eux. Il retrace aussi les expériences de ce champ qui n'a cessé de se réinventer, et montre les influences réciproques que celui-ci a tissées avec la psychanalyse, la sociologie, la philosophie, l'art... En déterritorialisant la psychiatrie, la psychothérapie institutionnelle a montré la puissance de l'inconscient en politique, et ce livre stimulant éveille d'autres imaginaires dans ce domaine. -
La dignité ou la mort : éthique et politique de la race
Membre de la Fondation Frantz Fanon, l'auteur revient sur la question de la dignité des Noirs, africains ou afro-descendants, mise en rapport avec la domination exercée sur eux depuis des siècles par les Blancs. Critiquant la tradition philosophique européenne, il renoue avec l'histoire méconnue de la pensée radicale des mondes noirs, seule capable d'assurer la dignité à l'opprimé. -
La pensée noire : les textes fondamentaux
Alors que certains avancent que la pensée noire n'existe pas, Le Point a choisi d'y consacrer un hors-série et présente ici une véritable anthologie grand public des textes les plus importants dans l'histoire des peuples américains, africains et caribéens. Des récits d'esclaves à William Edward Burghardt Du Bois, Aimé Césaire ou Cheikh Anta Diop, tous les grands textes qui ont contribué à construire les identités noires, sont ici représentés. De même que les grands écrits politiques, de Marcus Garvey à Bob Marley, en passant par Frantz Fanon, Malcom X, Martin Luther King. -
Psychologie de la colonisation
En 1947, éclate à Madagascar une insurrection considérée comme le signe avant-coureur de la décolonisation en Afrique. Elle est très violemment réprimée, mais se poursuit jusqu'à la fin 1948. Dès cette année, Octave Mannoni, qui vit dans le pays, écrit un texte fondateur, Psychologie de la colonisation, qui constitue une critique radicale du colonialisme. Il y montre, par la voie de la psychanalyse et de la psychologie, comment les images que le colonisateur s'est fabriquées du colonisé nient celui-ci : "Le Nègre, c'est la peur que le Blanc a de celui-ci". Mannoni analyse le mécanisme de dépendance unissant le colonisé au colon par l'écran imaginaire que chacun a dressé entre lui et l'autre. La perspective anthropologique est donc aussi essentielle dans cette réflexion que les préoccupations politiques qui l'ont motivée. Cette analyse, totalement nouvelle en 1950, provoqua de vigoureuses critiques d'Aimé Césaire et de Frantz Fanon, qui visèrent particulièrement le "complexe de dépendance" du colonisé. Mannoni y répondit dans des articles ou de nouvelles introductions aux rééditions successives du livre, dont cette nouvelle édition rendra compte. Aucune analyse du racisme n'est neutre, il le sait. C'est donc aussi une "décolonisation de soi-même" qui s'impose, toujours à recommencer, comme il l'écrira dans un article ultérieur, donné ici à la suite du livre. Octave Mannoni (1899-1989), psychanalyste, était aussi philosophe et ethnologue, une polyvalence qui l'a installé comme une voix originale dans le champ de la psychanalyse française. Livio Boni est philosophe et psychanalyste. Il travaille sur l'implication de la psychanalyse dans la critique de la condition coloniale. Il a notamment publié L'Indede la psychanalyse. Le sous-continent de l'inconscient (Campagne première, 2011) et récemment, avec Sophie Mendelsohn, La vie psychique du racisme (La Découverte, 2021). -
Puissions-nous vivre longtemps
C'est l'histoire d'un petit village d'Afrique de l'Ouest en lutte contre la multinationale américaine qui pollue. ses terres et tue ses enfants. C'est l'histoire d'une génération d'anciens qui a cru en la promesse d'une prospérité venue d'Occident. C'est l'histoire d'une jeunesse qui décide de se révolter, quitte à user de la violence et prendre les armes. C'est l'histoire de Thula, la belle et courageuse Thula, prête à tout pour sauver les siens au risque de tout sacrifier. Après l'immense succès de Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue revient avec une oeuvre d'une force et d'une beauté inouïes. Dans la lignée des Damnés de la terre de Frantz Fanon, Puissions-nous vivre longtemps est un grand roman politique sur les dégâts du capitalisme à outrance, sur l'Afrique et sur les fantômes de la colonisation ; c'est aussi l'inoubliable portrait d'une femme puissante et lumineuse. -
Les damnés de la terre
Frantz Fanon est né Antillais et mort Algérien. Telle est la destinée souhaitée par cet homme, médecin psychiatre, militant qui mit sa parole en actes et s'engagea très tôt dans la résistance, puis aux côtés des combattants du FLN pendant la guerre d'Algérie. Avec six comédiens, Jacques Allaire propose une traversée musicale et poétique dans l'oeuvre de cet essayiste qui a inspiré plusieurs générations d'intellectuels et d'activistes révolutionnaires.
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De la traite et de l'esclavage des noirs
Cet ouvrage documenté affirme des convictions républicaines et universalistes de fraternité et d'égalité entre les hommes et prouve l'inefficacité du système esclavagiste par des considérations économiques. Edition allégée de la partie sur la traite des Blancs. -
Discours sur le colonialisme : suivi de Discours sur la négritude
Dans ce pamphlet publié en 1955, Aimé Césaire, poète, dramaturge et homme politique, exposait les terribles réalités de la colonisation. Pour la première fois aussi, avec une force inégalée, était proclamée la valeur des cultures nègres. Dans cette édition, est ajouté le discours prononcé à la Conférence hémisphérique tenue à Miami (Floride en février 1987.) -
Léopold Sédar Senghor
Deux générations et deux regards d'auteurs (la présentation de A. Guibert de la première édition, en 1961, est enrichie d'une étude d'un écrivain qui se réclame de Senghor se conjuguent pour faire découvrir au lecteur le plus grand poète d'Afrique noire du XXe siècle. Avec une sélection de textes, des poèmes de jeunesse aux Elégies majeures (1984.) -
Une Saison au Congo
Nous sommes au Congo belge en 1958. L'atmosphère de liberté et de luttes politiques fiévreuses pour la conquête de l'indépendance puis l'ascension de Patrice Lumumba, nommé Premier ministre, constituent le coeur de l'intrigue. A partir de ces faits politiques précis et à peine modifiés, Césaire transfigure la réalité pour faire de Lumumba une figure charismatique à la lucidité exaltée, symbole de toute l'histoire d'un continent.