Les trains et la littérature
Dans le cadre de notre cycle sur l’histoire ferroviaire au sein de l’agglomération, nous vous proposons une sélection de romans, films, jeux et documentaires ayant pour thème central l'univers ferroviaire.
Dès son apparition au milieu du XIXe siècle, le train suscite convoitises et espoirs de chacun. Symbole de modernité et d’évolution sociale pour les uns, synonyme de voyages au long cours pour les autres, il ne laisse personne indifférent. Dès que l’on évoque le voyage en train, s’impose des parcours au cœur d’une nature grandiose, parfois hostile, sillonnant d'immenses territoires . Il est devenu une source d’inspiration inépuisable pour les écrivains et les cinéastes au fil du temps et des rails.
La modernité:
Le train est et reste un symbole de la modernité. Son apparition au XIXè siècle précipite la société dans l’ère industrielle, favorisant autant le progrès et l’évolution sociale que la fatalité. Émile Zola, dans La Bête humaine, a bien saisi cette ambivalence. On ne peut évoquer le train sans penser aux pages les plus sombres de l'histoire moderne et les récits glaçants qu'en ont fait Charlotte Delbo dans Le convoi du 24 janvier et Imre kertesz dans Etre sans destin. La modernité, c’est aussi nos trains de banlieues, TER, Transiliens ou RER qui ont fourni à de nombreux écrivains un contexte idéal pour y installer leurs histoires. C’est par exemple dans un RER que Jean-Paul Didierlaurent installe son Liseur du 6h27 ou que Jean-Philippe Blondel situe les retrouvailles de deux anciens amants dans 06h41. Autre plongée dans l’univers cheminot, avec Mécano de Mattia Filice, un premier roman qui fait pénétrer le lecteur dans la cabine du mécano et partage avec nous les coulisses du métier. Jack London, hobo à ses heures, explique L’art de voyager sans billet dans les premiers trains de marchandise en Amérique. Le japonais Isaka Kotaro situe son roman Bullet Train dans le mythique Shinkansen qui révolutionna l’univers du train dans les années 1960.
Les trains mythiques:
On peut aussi difficilement parler train et chemins de fer sans évoquer les grands trains mythiques, de ceux qui, par leur envergure ou leur notoriété, donnent envie de tout abandonner pour voyager à leur bord. Certains, comme le Transsibérien et l’Orient-Express, ont en commun d’être devenus des mythes littéraires. L’un et l’autre évoquent tous deux le voyage au long cours aux confins d’un territoire, le temps suspendu propice à l’introspection. Agatha Christie, grande voyageuse, a installé l’une de ses plus célèbres intrigues dans un wagon de l’Orient-Express, synonyme encore aujourd'hui, de luxe et d’élégance. Le Transsibérien, lui, évoque les grands et rudes espaces sauvages de la Sibérie, l’histoire russe et ses tragédies humaines. Dominique Fernandez relate ses trois semaines de voyage avec d'autres confrères dans Transsibérien. Sarah Brooks s’empare du mythique train russe dans Comment voyager dans les terres oubliées pour nous faire vivre une dystopie. Bruce Chatwin, grand voyageur, nous fait découvrir dans Sur les pistes Le Ghan, qui traverse l'Outback australien entre Adélaîde et Darwin.
Lieu de rencontre hors du temps:
L’univers clos des wagons est aussi propice à la rencontre ou la contemplation. Dans Orient-Express, Graham Greene, les hasards et le huis clos des wagons offrent ce temps suspendu propice aux confidences. Anita Nair, profite de l'intimité qu'offre les trains de nuit pour parler de la condition féminine dans Compartiment pour dames. Dans Compartiment n°6 de Rosa Linkstrom, les voyageurs se livrent leurs peines et leurs déceptions entre Moscou et Oulan-Bator. Idem pour les protagonistes de Tangente vers l'est de Maylis de Kerangal qui se retrouvent coincés malgré eux dans un compartiment du Transsibérien. Deux voyageurs, inconnus l’un de l'autre, fomentent un crime dans L’inconnu du Nord-express de Patricia Highsmith.
En guise de conclusion, n'oublions pas le facétieux Philibert Humm qui réinvente dans Roman de gare l'art du voyage en train, saluant au passage les grands aventuriers et écrivains voyageurs qui le précédent.