Carte blanche à Mattia Filice
L’histoire récente de Vaires-sur-Marne est intimement liée à l’implantation d’une halte puis de la gare telle qu’on la connaît. Ouverte aux passagers en janvier 1898, elle changera durablement le destin de la ville, jusqu’alors deux hameaux distincts de part et d'autre de la voie ferrée. Dans le cadre de notre cycle sur l’histoire ferroviaire vairoise, nous avons le plaisir de recevoir le 21 mars prochain Mattia Filice autour de son roman Mécano, à la médiathèque Jean-Sterlin.
Originaire de la région lyonnaise, Mattia Filice est aux commandes de locomotives depuis 2004. Ancien projectionniste d’un cinéma d’art et d’essai, il devient mécano un peu par hasard, une boutade d’un contrôleur lui donnera l’idée et la curiosité. Il raconte son quotidien dans un singulier premier roman, Mécano. À la suite de son double de papier, le lecteur découvre avec lui les méandres de l’Entreprise, les processus d’embauche, la formation et cette fameuse “bible” que tout mécano doit connaître, les premiers trajets aux commandes de trains de marchandise ou de voyageurs. On y découvre la solitude du mécano et la solidarité entre collègues. À la fois épopée et roman de formation, le texte nous entraîne à la découverte d’un métier méconnu avec ses codes, ses sigles et son langage qui lui est propre.
Pour découvrir ce premier roman, nous vous proposons d'en lire un extrait .Nouvelle fenêtre Et pour mieux découvrir son univers, nous lui avons posé quelques questions.
Y a t'il une destination ou un train qui vous fait rêver ? Que vous aimeriez avoir la chance de conduire un jour ?
Je pense que toutes les destinations ou les trains sont potentiellement enthousiasmants, à condition que ce ne soit pas chronophage. Mais s'il faut choisir, la question étant posée en plein hiver, peut-être le Glacier Express qui relie Saint Moritz à Zermatt et traverse les Alpes suisses. Cela me permettrait au moins de m'affranchir du billet onéreux ?
Parmi toutes les gares célèbres, laquelle préférez-vous, pour son architecture ou son histoire ?
Le Musée d'Orsay est une ancienne gare. Nous pouvons voir mentionné sur la façade les principales villes qu'elle desservait (Poitiers, Orléans, Limoges, Bordeaux, Nantes, Vannes, Quimper...). Désormais, nous pouvons y découvrir aussi sculptures et peintures, notamment celles qui ont été influencées par l'arrivée du train. Ce dernier a modifié la perception du paysage. Le défilement accéléré, le voile de la fumée des machines à vapeur, ces longues lignes métalliques mêlées à la musique des roues sur le rail ont eu, je pense, un impact sur le coup de pinceau et les notes apposées sur les partitions. La gare du Musée d'Orsay permet de relier tous ces mondes.
Plutôt casanier ou grand voyageur ?
J'aimerais pouvoir relier les deux, penser le voyage autrement. Se rendre dans une autre région du Monde quelque temps, proposer naturellement mes services, selon mes capacités et mes désirs, et y vivre quelque temps pour découvrir pleinement le quotidien sans les sentiers artificiels du tourisme économique. Je me verrais bien conduire des trains quelque temps, ici et là. Casanier dans le voyage.
Quels auteurs ou textes vous ont inspiré pour écrire votre premier roman ?
Le Journal d'un manœuvre de Thierry Metz, Travaux de Georges Navel, deux écrivains qui ont effectué (presque) toute leur vie durant des métiers dits "manuels", qui se sont construits hors des sentiers battus. Une vie ordinaire de Georges Perros pour la pensée sculptée au plus près de l'os, ou À la ligne de Joseph Ponthus pour la forme et la musique. Mais aussi Don Quichotte de Cervantès pour l'épopée ou Le Grand Cahier d'Agota Kristof pour l'épure.
Si vous deviez citer un roman dans l'univers du train, lequel serait-ce ?
La Prose du Transsibérien de Blaise Cendrars.
Avez-vous un genre littéraire de prédilection ?
Tous, à condition que je sois déstabilisé dans mon prêt-à-penser, dans mes automatismes de penser, dans la suite logique au mot. J'aime aussi ce qui nous perd, ce qui ne nous prend pas par la main, comme Enfant de perdition de Pierre Chopinaud, dernier livre qui m'a fait vaciller. J'attends d'ailleurs avec impatience L'Ancien enfant, son second roman, qui sera publié courant février. Une série télé à regarder entre deux trains? Entre deux trains, le temps d'une correspondance, un poème, L'Attente de Rainer Maria Rilke, "C’est le train qui s’arrête en plein / chemin sans nulle station / et on entend le grillon / et on contemple en vain"
Quel type de musique aimez-vous ?
De Kendrick Lamar à Johannes Brahms en passant par Barbara, NTM, Metallica, John Coltrane ou Brassens. Le silence aussi.
Un film que vous aimez particulièrement ?
J'en déduis un film que je ne me lasserai jamais de voir, quelque soit mon évolution, de mes attentes et de mes goûts. Dans ce cas, Il Brigante de Renato Castellani. Pour une scène en particulier, quand un petit garçon tire une ficelle au bout de laquelle est attachée une souris.
Êtes-vous plutôt jeu de société ou jeu vidéo ? ou ni l'un ni l'autre ?
Jeu d'échecs ! Mais je ne supporte pas perdre, donc avec parcimonie.